C\
L'Histoire de « Sissonne »

1883 Monographie

Par Paul Abel Callay, Instituteur à Sissonne

Introduction :

Circulaire de 1883

Nous voudrions ici remercier Jean-Yves Sureau qui édita en 1985 un livre regroupant les monographies des villages du canton de Sissonne et qui a eu la gentillesse de nous autoriser à utiliser le fruit de son travail.
On peut signaler du même auteur un ouvrage édité en 2005, toujours disponible, La vie rémoise.

Ces monographies ont été commandées par l'Inspection Académique en 1883, et les travaux ont été réalisés sous l'égide de la Société Géographique de Laon de 1884 à 1888.

Le travail de Paul Abel Callay, instituteur à Sissonne à l'époque (il a été auparavant instituteur à Nizy-le-Comte), obtint 20 points avec l'appréciation suivante en rouge :

 

 

"Mémoire très bien écrit, renfermant des détails très intéressants de l'histoire locale, se rapportant à l'histoire générale de la France. Le développement qu'a donné à son travail M. l'Instituteur de Sissonne, est justifié par le vif intétêt qui s'y attache. Travail à lire en entier"

 

 

 

 

Quelques renseignements sur Sissonne en 1880 (Source Annuaire MATOT-BRAINE de 1880):

1551 Habitants
Maire  : Leleu
Adjoint : Turpin
Doyen : Romain
Instituteur : Callay
Médecin : Leleu
Notaire : Lorain
Huissiers : Carpentier et Morlet
Juge de Paix : Matra, Carpentier et Desjardin
Filature : Blondel, Vieville et Cie (8 000 broches)



Texte de la monographie reproduite par J-Y Sureau :

Les chapitres :

Géographie de la Commune de Sissonne

Le bourg de Sissonne, chef-lieu d'un des 37 cantons du département de l'Aisne, est situé à 20 km Est de Laon, à 49° 34' 18° de latitude Nord. et à 1° 33' 10" de longitude Est. Son altitude est de 81 mètres au dessus du niveau de la mer.
La surface de son territoire est, d'après son cadastre qui date de 1820. de 5292 hectares 45 ares 60 centiares - dont 4910 hectares 25 ares sont cultivés. C'est le plus grand terroir du département. Il est borné par les terroirs de Sainte-Preuve au Nord, de Lappion, La Selve et Nizy-le-Comte à l'Est, d'Amifontaine au Sud, et de Saint-Erme, Montaigu, Marchais et Chivres à l'Ouest. Celui de Montaigu approche à 1800 mètres du bourg.

De Sissonne dépendent :

1°) 3 hameaux :
- Bel-Air, à 500 mètres à l'Ouest.
- le Quartier d'Orléans ou Rue d'Orient, à 1 km au midi.
- la Procheville, à 500 mètres à l'Est.
Ces trois hameaux peuvent être considérés comme faisant partie de l'agglomération de Sissonne. Celui de Bel-Air renferme une filature de laine qui occupe une centaine d'ouvriers, et qui a été fondée en 1871 sur l'emplacement d'une ancienne fabrique d'engrais chimique, qui avait succédé à une distillerie de grains et à un moulin à vapeur.

2°) 9 fermes :
- Geoffrécourt, à 6 km Sud-Est. - Buchancourt, à 6 km Est.
- le Buisson, anciennement le Buisson Gaucher, à 5 km au Sud-Est.
- Solféricourt, à 5 km au Sud (bâtie en 1859 et ainsi nommée de Solférino).
- La Mivoie, à 3 km 500 au Nord.
- Villette, à 3 km Nord.
- Clercourt (maison isolée), à 2 km 700 au Nord.
- Toussine (id.), à 3 km 500 au Nord.
- l'Espérance, à 3 km 600 au Nord-Ouest.
- le Chauffeur (maison isolée), à 1 km à l'Est.

3°) 2 moulins à vent :
- La Rochelle, à 3 km au Nord-Est.
- La Cave, à 1 km 800 au Nord-Est. Une cave ou carrière souterraine, voûtée, située au Sud du moulin, lui donne son nom. C'est de cette carrière qu'ont été extraits, paraît-il, les matériaux avec lesquels fut rebâti le choeur de l'Eglise au 18e siècle.
Il y avait il y a 30 ans, un 3e moulin à vent, celui de la Carrière Buhot, à 2 km au S.E., et au dernier siècle, 2 moulins sur les Buttes qui se trouvent à l'Est du quartier d'Orléans ; ils appartenaient au seigneur, et sont détruits.

Les lieux-dits du Terroir dont le nom révèle quelques souvenirs du passé sont :
1°) la Maladrerie où se voient encore les substructionsVestiges de caractère immobiliers d'une ancienne maladrerie.
2°) les Terres franches, qui ne devaient rien au seigneur.
3°) la Justice.
4°) le Fief.
5°) la Terre aux louis d'or.
6°) le Poteau au point de jonction de différents chemins. Un droit était perçu en cet endroit sur les marchandises qui circulaient sur le vieux chemin de Reims et traversaient le domaine du seigneur de Sissonne : un vieillard m'a dit que le préposé avait poursuivi, une fois, jusque dans le bois de Sissonne, un marchand qui refusait d'acquitter les droits, et l'avait tué.
7°) le mont de la garde, le mont des Suisses qui rappellent le campement probable de certaines troupes autour de Sissonne (peut-être quand Louis XIV vint coucher au château de Sissonne).
8°)' Les Lusiaux, au Sud de Geoffrécourt, où l'on a découvert des vestiges gallo-romains et des enduits peints, comme à Nizy-le-Comte. Ce dernier lieu-dit est contigu à l'ancienne voie romaine de Bibrax à Ninittaci (chemin de Berrieux à Nizy).

Le nom de Sissonne viendrait, selon les étymologistes de SUS, sanglier, village bâti sur le bord des bois marécageux, repaire de sangliers. Ce nom est identique à celui de Soissons : Suessona. Est-ce pour distinguer Sissonne de Soissons qu'on a joint au nom de la première localité, l'épithète de "teutonica", Sissonne 1'austrasienne, la teutonique, par opposition au Suessona de la Neustrie ? ou bien ; est-il vrai que les hordes saxonnes arrachées par Charlemagne aux bords de l'Ems et du Wéser furent transplantées dans nos pays en 796 et 804 pour en défricher les bois et cultiver le sol et qu'elles y fondèrent un village allemand, à la source de la Souche à 2 km Est de l'ancien village de Sissonne ? C'est de là que viendrait alors l'expression de "théotunica Villa de Sissonia", le village allemand de Sissonne. Ce qui est certain, c'est qu'il exista simultanément et pendant plusieurs siècles deux villages de Sissonne, l'un, la Viéville (villa vêlera) l'autre la nova villa. A la Viéville, on découvre des vestiges d'un ancien cimetière ; et sur le bord du vieux chemin de Reims, la piété des habitants envers les morts a érigé une croix qui rappelle que dans le champ voisin ont été inhumées bien des générations.
Le Dictionnaire topographique de M. Matton nous indique les différentes manières dont fut orthographié le nom de Sissonne dans la suite des âges : Sessonia, 1107 ; Suessonia en 1141 ; Suessona, 1160 ; Sisona, 1210 ; théotunica villa de Sissonia, en 1222 ; Syssone, Syssonne, Sissonna en 1257 ; Sissna, en 1267 ; Sissonia la française, en 1278 ; Syssona en 1312.

Le terroir de Sissonne est une vaste plaine qui se rattache au Sud à celle de la Champagne.

Son altitude moyenne est de 85 mètres - le point culminant 127 mètres est à l'Est de Geoffrécourt ; à l'endroit où la Souche quitte le terroir, l'altitude n'est plus que de 72 mètres. Les mamelons isolés à pentes très adoucies que l'on voit sur le terroir ne se rattachent à aucun système orographiqueQui a un rapport avec le relief : ils séparent les eaux de la Souche de celles de l'Aisne (entre la Souche et la Miette) - (entre la Souche et le ruisseau de Nizy). A partir du marais le sol s'élève graduellement vers Lappion et Dizy - vers Boncourt et Clermont ; il forme un plateau entre les eaux de la Souche et celle de la Serre, affluent de l'Oise.

Sissonne appartient, comme toutes les communes du département, au climat séquanienDe la Seine. Les vents dominants sont ceux de l'Ouest et du Sud-Ouest. La température moyenne y est de + 12°. Le thermomètre s'y est déjà élevé à plus de 48° et, dans le terrible hiver de 1879-80, il est descendu à - 30. La position de Sissonne sur la limite méridionale des marais fait que le vent du Nord s'y fait sentir sans obstacle : aussi la végétation y est plus tardive que dans les communes voisines abritées par des collines. Vers le mois de mai les nuits claires et sereines n'y occasionnent que trop souvent des gelées qui détruisent dans le fourreau l'épi a peine formé. Une nuit froide peut causer sur le terroir une perte d'une centaine de mille francs. Ces désastres étaient inconnus il y a 50 ans ; faut-il les attribuer au dessèchement des marais, dessèchement qui, en purifiant l'air des brouillards de la nuit. enlevé l'écran naturel qui protégeait les récoltes de la gelée ! C'est cet écran que l'on s'efforce d'obtenir dans certaines contrées par la production de brouillards artificiels.

On a remarqué que pendant les plus forts hivers, les plongsLarges trous profonds laissés dans la tourbe du parc ne sont jamais complètement recouverts de glace.

La plaine immense qui forme le terroir de Sissonne est une couche peu profonde de sable siliceux-calcaire qui repose sur le calcaire grossier. Géologiquement le sol appartient au terrain crétacé-miocène. Au Nord du bourg se dirigeant vers le Nord-Nord Ouest commencent les marais de la Souche, cette rivière, que quelques uns appellent aussi Petite Serre, prend sa source a l'Est de Sissonne (à 2 km) à la Viéville ; elle traverse Sissonne et entre dans le Parc, près le portail de l'Eglise. Au moyen-âge, pour fortifier Sissonne, on fit dériver le cours de la Souche vers le Nord par un fossé bordé de remparts et de tours, qui entourait le bourg à l'Est au Nord et au couchant, et formait ainsi les trois côtés d'un rectangle, dont le 4e côté est le lit naturel du ruisseau Ce fossé existe encore, mais les remparts sont détruits. Il décrit encore aux angles et de distance en distance, sur les longs côtés des demi-circonférences saillantes. En pénétrant dans le Parc les eaux de la Souche se rejoignent avec celles de nombreuses et abondantes sources qui sourdent du fond crayeux de vastes bassins ou plongs, dans cette propriété. La source de la Viéville tarit quelquefois ; mais jamais celles du Parc : elles alimentent un canal qui les dirige vers le Nord. En 1829, pour dessécher les marais, on prolongea le canal du Parc vers Pierrepont, jusqu'à Froidmont. A son origine, il recouvre le lit même de la Souche ; mais bientôt elle reparaît vers la droite et coule à travers les roseaux et les tourbières, jusqu'à ce qu'elle rentre dans le canal, près la ferme de l'Espérance (3 km). La Souche n'est ni navigable, ni flottable. Elle passe entre Chivres et Liesse ; à Pierrepont, elle a été appelée quelquefois Petite Serre. Elle coule à l'Ouest de Vesie, à l'Est de la ferme de Brazicourt, de la ferme de Lievry, arrose Froidmont où elle est traversée par la route nationale de Laon, à Marle-Cohartille, Chalandry où elle est traversée par le chemin de fer de Crécy à La Fère - et arrive à Crécy où elle se jette dans la Serre. Elle ne reçoit à droite que l'eau du ravin venant du Thuël, Dizy, Lappion, Boncourt et Sainte-Preuve, et du Rû de Cornin, venant d'Ebouleau et Cuirieux. A sa gauche, elle reçoit les eaux du ruisseau de Mauregny, qui après avoir alimenté les fossés et bassins du Parc du château de Marchais, s'écoulent vers Liesse et Missy, sous le nom de la Buse, - du Ruisseau d'Eppes qui arrose Athies, Chambry, Barenton-Bugny, Barenton-Cel, Verneuilet Barenton-sur-Serre et se jette dans la Souche en amont de Chalandry. Le canal de dessèchement mit le cours de la Souche jusqu'à Froidmont.

Après les hivers pluvieux, il se forme momentanément un cours d'eau qui, prenant naissance dans une dépression du sol, au lieu dit la Folie, vers les fermes de Geoffrécourt, traverse la route de la Selve et vient se jeter dans l'étang de la Viéville. Cette inondation qui envahit toute la vallée, est annoncée par 1'apparition de l'eau dans une espèce de cuvette naturelle d'environ 20 mètres de long 40 de large, appelée Baillenfosse, à 100 mètres de la route de La Selve. Ce bas fond reste à sec et se cultive en temps ordinaire. Comment se fait-il que malgré des intervalles de 7, 8, 10 années entre ces crues d'eau, on trouve à chacune d'elles le "limule monocle" dans le mare de Baillenfosse ?

Les marais de Sissonne forment une vallée d'un km et demi de large, et se continuent au-delà de Pierrepont.

Aux abords du village, la couche tourbeuse n'a guère qu'un mètre de profondeur et repose sur le calcaire ; elle a recouvert des emplacements autrefois habités, car sous la tourbe, ont été retrouvées des poteries gallo-romaines, des vases en verre, et des cippes, identiques à ceux trouvés à Nizy, en 1852. Sur les bords de la rivière et des plongs, la tourbe atteint 4 mètres d'épaisseur. L'extraction de ce combustible donne naissance à des étangs très poissonneux. Cette industrie alimente de combustible une grande partie des communes voisines et des cantons limitrophes du département des Ardennes, où l'on a défriché, il y a 50 ans, beaucoup de bois. Toutefois aujourd'hui le charbon de terre vient faire une rude concurrence à la tourbe, à Sissonne même, à cause de la proximité de la gare de Saint-Erme.

Il existait autrefois différents bois sur le terroir de Sissonne :
1°) le bois de Sissonne ou le grand bois, qui fut défriché vers 1830. C'est pour exploiter le sol de ce bois que fut bâtie la ferme de Barive. Aujourd'hui, on replante une grande partie de ce bois en sapins.
2°) le bois de l'Echelle - le bois de la Pierre, près Geoffrécourt, le bois de Lamothe. vers La Selve, et le bois Pétereau, vers Ste-Preuve et Boncourt. Ils sont défrichés, et il ne reste sur le terroir que 580 hectares de bois-taillis ou garennes. L'essence dominante est le bouleau, puis viennent le chêne, l'aulne, le boursault ou marceau, le coudrier, le charme et beaucoup de pins. Diverses espèces de conifères ont été plantées dans le Parc, où le châtaignier, si commun dans les bois de Montaigu, n'a pu se propager. Le hêtre s'y plaît. L'hiver de 1879 y a fait périr le tiers des taillis et beaucoup de vieux chênes. Depuis quelques années, on procède sur une grande échelle au reboisement des parties les moins productives du terroir.

On trouve sur le terroir le lièvre, dans les bois, le renard, le lapin, et dans les marais, la loutre. On n'y rencontre jamais le chevreuil, le loup, ni le sanglier.

Les becs-fins, fauvettes, bergeronnettes, chardonnerets, troglodytes (roitelets), rouges-gorges, verdiers, mésanges, linotes sont communs dans nos jardins. Dans les bois du Parc vivent les merles, les grives, les geais, les coucous, la pie. la huppe, le loriot, le sansonnet, la tourterelle, le ramier, les corbeaux, etc etc ; le grand-duc, la buse, la crécerelle, l'émouchet, la chouette, etc. Dans les marais, on chasse les oies sauvages, les canards, les sarcelles, la bécasse, quelquefois le cygne, l'outarde, la canepetière, le héron. On y rencontre les vanneaux, la poule-d'eau, le martin-pêcheur, et la rousserole ou fauvette des marais ; des bandes innombrables d'étourneaux, et, dans nos champs, la perdrix, la caille, l'alouette, les bruauts. De tous nos oiseaux, le plus commun est le moineau.

Les poissons de nos plongs sont le meunier, la perche, le brochet, la carpe, la vaudoise, l'anguille - rarement l'écrevisse -. Il y a quelques années, on a essayé à Sissonne la culture des sangsues.

On y élève les abeilles.

A cause du peu de profondeur de la couche arable, les arbres fruitiers sont rares à Sissonne ; on y cultive la vigne en treille. Le chanvre a été autrefois une grande richesse pour cette localité ; on le cultivait, le préparait, et le tissait : les chanvriers de Sissonne fréquentaient les foires dans un rayon de plus de 20 lieues ; et si la récolte du pays ne suffisait pas, ils allaient l'acheter en cordons, à Achery-Mayot, dans la vallée de l'Oise. Les hommes, les femmes et les enfants étaient occupés pendant les longues veillées d'hiver à la préparation du chanvre, au filage et au tissage ; et pour économiser le chauffage on travaillait dans l'étable, près de la vache et du cheval. Le bon marché des toiles fines tissées mécaniquement est venu ruiner à Sissonne l'industrie chanvrière.

Le terroir produit du seigle, de l'avoine, de l'orge, du sarrazin, des luzernes, du sainfoin, des lentilles, des pommes de terre et la betterave. La flore naturelle des champs est pauvre ; celle des bois est un peu plus variée ; mais le botaniste peut faire un bel herbier avec celle du marais.

La population de Sissonne était :

en 1760 de   910 habitants   en 1800 de 1096 habitants
en 1791 de 1046 habitants en 1836 de 1325 habitants
en 1841 de 1403 habitants en 1846 de 1372 habitants
en 1851 de 1433 habitants   en 1856 de 1502 habitants
en 1861 de 1529 habitants en 1866 de 1455 habitants
en 1871 de 1430 habitants en 1876 de 1551 habitants
en 1881 de 1517 habitants en 1886 de 1527 habitants

En réalité, la population de Sissonne diminue car si l'on défalque de ces deux derniers chiffres, le nombre des ouvriers étrangers attachés à la Filature, depuis 1871, soit environ 120, on trouvera des chiffres inférieurs à ceux de 1856 et 61. Cette diminution doit être attribuée, partie à la stérilité des mariages, partie à la ruine de quelques fortes exploitations rurales.

En général, les habitants de Sissonne n'ont pas la taille élevée, la forte stature des habitants du Nord du Département. Comme la culture des champs y est facile, on fait travailler trop tôt les jeunes enfants, et la fatigue précoce nuit à leur développement physique. C'est une population essentiellement agricole, de caractère doux, honnête et généreux, et indépendant.

Le régime alimentaire s'est beaucoup amélioré depuis quelques années, dans presque tous les ménages, on consomme de la viande assez souvent, car il en est peu qui n'élèvent un ou plusieurs porcs. Beaucoup d'ouvriers ne boivent que de l'eau, rarement de la bière, ils achètent un peu de vin pendant les grands travaux de l'été. Il semble que le travail des champs et leur sobriété assurent leur longévité, en effet, il n'est pas rare de voir à Sissonne des vieillards, des femmes surtout, de plus de 80 ans. D'ailleurs le pays est très sain.

Autrefois les divertissements se prenaient le dimanche en plein air ; le village présentait une animation inconnue aujourd'hui : c'étaient de nombreux groupes d'hommes jouant aux fers, des réunions de jeunes filles, et de femmes jouant aux quilles, et les vieillards, en regardant leurs petits enfants, en applaudissant à leur adresse, oubliaient leurs infirmités en se rappelant leur jeune âge.

Les danses n'ont plus lieu en plein air, que les jours de la fête patronale et seulement la nuit, aux lampions, ce qui n'est ni bien gai, ni bien moral.

L'ouvrier passe la soirée au cabaret, et préfère au jeu de fer et de quilles le billard et les cartes.

Depuis qu'un arrêté préfectoral est venu fixer l'heure de la fermeture des cabarets, il se forme l'hiver, dans différentes maisons particulières, des réunions où se consomme trop de café et surtout trop d'eau-de-vie ; il est regrettable que les femmes et les enfants prennent part à ces veillées trop prolongées et souvent licencieuses. Ceci d'ailleurs n'est pas particulier à Sissonne.

On parle à Sissonne un français assez correct ; il n'y a pas de patois. Tous les habitants savent lire et écrire.

Depuis longtemps, on a adopté, à Sissonne, l'assolement triennal avec jachères. Un quart de l'assolement est fumé chaque année avec du fumier naturel, à raison de 260 quintaux à l'hectare. En 1868, on a essayé inutilement de fonder une fabrique d'engrais chimiques. Comme cet engrais ne produisait d'effet que l'année même où on l'employait, qu'il fallait le renouveler chaque année, et qu'il pouvait être rendu inutile par suite des gelées printannières, les cultivateurs s'en servirent peu, et la fabrique chôma bientôt.

La culture du sol étant facile et le terroir très morcelé, les instruments aratoiresqui servent à l'agriculture sont peu perfectionnés. C'est toujours la charrue simple, la herse, 1'extirpateur, le brabant, le rouleau. On compte à Sissonne 3 machines à battre le grain, un semoir mécanique pour la betterave. On n'y emploie ni la faucheuse mécanique, ni la faneuse, ni le râteau à cheval. Voici un tableau indiquant l'importance de la culture des céréales à Sissonne, ainsi que l'étendue et le rendement des prairies artificielles et naturelles.

La vaine pâture est en usage a Sissonne.

Les seuls étangs qui existent sur le terroir sont les plongs du parc et du marais. Ces derniers ont été produits et s'agrandissent chaque année par l'extraction de la tourbe. Comme l'eau est à peu près stagnante et que la végétation fluviatile y est très abondante, ils finiront par disparaître ; les rizomes des roseaux et du trèfle d'eau forment un plancher dans lequel s'enchevêtrent des mousses, des sphaignes et du sable, et la tourbe se reforme ainsi lentement. Les plongs du parc et du marais sont très poissonneux, et ils attirent au printemps beaucoup de gibier d'eau.

Nous avons dit que le peu de profondeur de la couche arable ne permet pas à Sissonne la culture des arbres fruitiers ; d'ailleurs les gelées du printemps détruisent souvent le fruit dans la fleur. Y a-t-on cultivé le houblon autrefois ? vers la maladrerie, un lieu-dit se nomme encore la houblonnière.

Depuis la fondation d'une sucrerie à la gare de Saint-Erme, à 6 km de Sissonne, la culture de la betterave a pris ici une certaine extension. Cette plante n'atteint pas dans notre sol léger le volume qu'elle acquiert dans les terres fortes ; mais elle est proportionnellement plus riche en sucre et subit un moindre déchet au pesage. 30 hectares environ sont consacrés à cette culture, et chacun produit annuellement 200 quintaux.

Les pommes de terre qui viennent sur le terroir sont d'excellente qualité, et sont l'objet d'un commerce d'exportation considérable .

On a défriché sur le terroir : le Bois des Loges, 26 ha - le grand Bois, 110 ha - le bois de l'Echelle, 35 ha - le bois de la Pierre, 40 ha - le bois de la Motte, 25 ha - et environ 150 ha de garennes. Mais maintenant,on reboise beaucoup.

Sur 300 hectares de marais, la commune en a vendu en diverses fois 92 hectares. Ceux qui lui restent donnent un revenu annuel de 3000 F environ. Une partie est louée pour le pacage des troupeaux, et les herbes de l'autre partie sont vendues chaque année, par lots de 50 ares, par adjudication publique. La vente d'une partie des marais communaux a été une opération avantageuse - pour la commune, car la portion vendue était de moindre qualité, et le revenu annuel n'a pas été diminué - pour les particuliers, parce qu'ayant amendé ces prés ils en ont triplé la valeur. Avec le produit de la vente, Sissonne a reconstruit ses édifices municipaux et cantonnaux, et a amélioré les routes qui viennent y aboutir.

Sur 300 chevaux que l'on compte à Sissonne, une soixantaine sont déclarés propres au service de l'armée. Tous à peu près, sont de moyenne force. Il y a 6 ânes, et pas de mulets ; 555 têtes de race bovine : les vaches fournissent annuellement 1400 hectolitres de lait et on y vend 135 quintaux de fromage et 56 quintaux de beurre. On n'emploie pas les boeufs comme bêtes de trait.

Il y a 4000 brebis et agneaux de race perfectionnée, produisant annuellement 6000 kg de laine lavée. Mais les troupeaux diminuent tous les ans proportionnellement à l'avilissement du prix de la laine. Sur 350 porcs, moitié sont consommés dans le pays. On compte 20 chèvres.

120 ruches y donnent par an 700 kg de miel et 60 kg de cire.

En 1882, une partie du terroir a été ravagée par une invasion de de surmulots.

La chasse n'est autorisée sur le terroir que pour les amateurs qui consentent à verser chaque année une forte cotisation, dont le total est fixé à 1100 F. La pêche du canal est louée, et les particuliers se réservent celle de leurs étangs.

Il n'y a à Sissonne ni agence ni société agricole. Depuis 1879 le Comice de Marie y tient ses assises tous les 4 ans, le jour de la fête patronale. C'est en 1883 qu'à Sissonne M. le Comte de Saint-Vallier, sénateur, et conseiller général du canton, promit de porter devant le Sénat la question agricole : il a été rarement plus éloquent. En 1887, M. Sébline, son successeur au Sénat et au Conseil général, a traité, de nouveau, et chaleureusement, la même question.

Un marché a lieu à Sissonne, le vendredi de chaque semaine ; et 2 foires, datant de 1531, s'y tiennent le jeudi qui suit le dimanche de la Passion - et le 25 novembre.

Il n'y a pas d'abattoir.

En 1870, une filature de laine a été fondée au hameau de Bel-air ; elle occupe environ 120 ouvriers, qui gagnent par jour : les contre-maîtres 6 F, le maître fileur 4 F 50, le rattacheur 3 F. Les ouvrières y gagnent de 1 F 50 à 2 F, et les enfants de 1 F à 2 F. Beaucoup de ces ouvriers se sont mariés et sont établis à Sissonne, en sorte que la population de l'usine est relativement plus morale que celle des centres industriels - ; mais il y a beaucoup à faire pour la rendre plus soucieuse des habitudes d'économie : le café et l'eau-de-vie, pris en l'absence des maris, sont la ruine de bien des ménages !

Géographie de la Commune : Partie Historique

Nous avons dit que, durant plusieurs siècles, il a existé à Sissonne deux villages distincts, l'un à la Viéville à la source de la rivière, l'autre la Noveville en aval. Ce dernier village aurait été fondé, selon quelques historiens, par des colonies saxonnes transplantées en 796 et 804 par Charlemagne, et c'est pourquoi au Moyen-Age il s'appelait le village allemand de Sissonne, "Théotunica villa, villa teutonia". Le village de la Viéville a disparu, et le nouveau village, le village actuel, a compris jusqu'en 1789 deux villes dans son enceinte : la grande ville, entourée de fossés, et la petite ville, contiguë à la grande ville, au midi. Chacune avait son terroir distinct (voir le plan de Sissonne, en 1784 par E. Pierlot).

La seigneurie de Sissonne était un Franc alleu, c'est-à-dire qu'elle ne relevait que du roi. à cause de sa grosse tour de Laon. Le roi Philippe-Auguste la céda à 1'évêque de Laon, en 1223.

        Seigneurs de Sissonne (1117 à 1224) :

PIERRE de Sissonne est le premier des seigneurs de Sissonne que l'on connaisse. Il donna la moitié du terroir de Samoussy à l'église Saint-Martin de Laon. En 1147 Barthélémy de Vir, évêque de Laon, vint faire la dédicace de l'Eglise Saint-Martin, de Sissonne, à laquelle, Pierre donna deux charrues de terre et deux fauchées de pâture entre la Viéville et la Noveville. Il mourut en 1153.

En 1149 Sissonne était déjà érigée en commune.

GUILLAUME (1153-1189) succéda à son père Pierre. Il était aussi seigneur d'Arrancy et de Ployart, et fit des concessions à l'abbaye de Vauclerc et à l'abbaye de Saint-Martin de Laon.

En 1107 Gaudry, évêque de Laon avait cédé l'autel de Sissonne à l'abbaye de Saint-Michel en Thiérache, et cinquante ans plus tard, cette abbaye cédait l'autel de Boncourt aux frères hospitaliers de Jérusalem à condition que les habitants de l'ancien village de Sissonne pourraient prendre dans le bois de Boncourt, tout le bois dont ils auraient besoin.

En 1189 Guillaume et Ermengarde, sa femme, donnèrent à l'abbaye de Saint-Michel le droit de percevoir 4 deniers à la mort de chaque bourgeois du village "nouveau". Ce droit devait être sur le lieu même de la sépulture et pendant la cérémonie, au religieux qui demeurait à la Viéville.

GOBERT (1189-1212). En 1195, Gobert, fils de Guillaume, donna aux hospitaliers de Jérusalem de Boncourt, les aisances de sa terre de Sissonne, et deux mesures de terre, pour y bâtir dans les deux villes de Sissonne en tel endroit qu'il plaira aux donataires. L'année précédente, il avait vendu quelques domaines à l'abbaye de Vauclerc afin de prendre part à la croisade. Il revint de cette expédition.

MILON (1212-1224). Milon, frère de Gobert, lui succéda. Il se reconnut vassal de 1'évêque de Laon pour tout son domaine, qui releva dès lors de la manseDans le droit féodal, mesure de terre comprenant une habitation jugée nécessaire pour faire vivre un homme et sa famille.
Homonymes - paronymes :
mense bien ecclésiastique
épiscopale, et devint de franc alleu, "fief-servant". C'est donc Philippe-Auguste qui donna la terre de Sissonne aux évêques de Laon. Dans la charte par laquelle Milon se reconnaissait vassal de 1'Évêque, il figure comme ayant 11 fiefs dans sa mouvance. Ayant vendu la terre de Sissonne à Enguerrand III de Coucy malgré 1'évêque son suzerain, Enguerrand fut excommunié.

        Famille de Coucy (1224-1227) :

En 1225 Enguerrand fit sa paix avec l'évêque de Laon en se reconnaissant son vassal pour le domaine de Sissonne ; et deux ans plus tard, après avoir demandé à être reçu par le roi Louis IX à l'hommage de Sissonne, il revendit la châtellerieTerritoire sous la juridiction d'un seigneur châtelain. à Jean II de Roucy-Pierrepont (1227).

        1ère Maison de Roucy (1227-1283) :

JEAN II, mourut en 1244 (voir notice sur Roucy - Bulletin de la Société académique de Laon, t. II, p. 235).

JEAN III en 1282.

JEAN IV, en 1302.

JEAN V, fut tué à Crécy en 1346.

ROBERT II, fut fait prisonnier à Poitiers en 1356 et n'obtint sa liberté que moyennant une forte rançon.

A cette époque, le nord de la France était ravagé par des bandes d'Anglais et de Navarrais. Une d'entre elles surprit Robert dans son château de Roucy, le fit prisonnier avec sa femme et sa fille, et ne leur accorda la liberté que moyennant une rançon de 12.000 florins d'or. Robert se réfugia à Laon. Ces soudards, dont le capitaine Rubigeois de Dury, s'était réfugié au château de Montaigu, s'emparèrent du château de Pierrepont, prirent d'assaut celui de Sissonne et le confièrent à Hannekin. soldat intrépide, mais cruel, qui ravagea toutes les petites villes dans la vallée de l'Aisne, depuis Vailly jusqu'à Attigny.

Robert II affligé de la perte de son château, s'unit au Comte de Porcien et aux seigneurs d'Arrancy et de Mauregny. Avec 100 lances, dont 40 étaient de Laon, ils tombèrent à 1'improviste sur les Anglais qui pillaient Sévigny. L'attaque fut vive, mais le comte de Roucy s'étant imprudemment engagé dans une sorte de défilé, Hannekin le combattit en tête et sur les flancs, fit un grand carnage des assaillants. Le malheureux Robert fut pris et ramené prisonnier dans son propre château, à Sissonne, avec les seigneurs d'Arrancy et de Mauregny ; seul le comte de Porcien parvint à s'échapper et apporta cette nouvelle à Laon.<

En octobre 1359, Edouard III, roi d'Angleterre, débarqua à Calais avec 100.000 hommes et s'avança en Picardie pour réduire le Dauphin (Charles V) qui, ne pouvant tenir la campagne, se contenta de jeter des garnisons dans les villes frontières. Ayant traversé la Thiérache et le Laonnois, Edouard marcha sur Reims pour s'y faire sacrer roi de France, mais cette ville résista, aidée par beaucoup de seigneurs des environs ; harcelé, menacé sur ses derrières, Edouard se dirigea vers Paris. Alors l'archevêque de Reims qui était parent de Robert II. résolut de chasser les Anglais de Roucy et de Sissonne. Aidé des comtes de Porcien et de Flandre, il reprit le château de Roucy après 28 jours de siège. Ensuite les Rémois vinrent attaquer le château de Sissonne, où étaient enfermés beaucoup de prisonniers et de munitions de toute espèce. Ils franchirent les fossés ayant de l'eau jusqu'à la ceinture et après cinq jours de siège, ils s'en emparèrent et passèrent la garnison au fil de l'épée. La compagnie des Arbalétriers de Laon se distingua surtout à ce siège, aussi Charles V la récompensa en l'exemptant de taillesImpôt royal : la preuve de son paiement consistait en une encoche (taille) effectuée dans deux bâtonnets, l'un pour le contribuable, l'autre pour le percepteur. et de subsides.

Le château de Sissonne ne se releva pas de ce siège ; ses ruines, elles-mêmes, finirent par disparaître, et son emplacement s'appelle encore aujourd'hui "le Désert". On a découvert quelques vestiges de ses fondations en 1859, et en draguant les plongs qui entouraient son enceinte, M- Laisné a retrouvé d'énormes barres de fer (3 m de long) terminées à leur extrémité par une sorte de mortaise, dans laquelle devait s'encastrer un pivot carré, sorte de dé en cuivre. On se demande quel a pu être l'usage de ces barres ? les hommes compétents ne sont pas d'accord sur ce point. Sont-ce les pièces d'un pont-levis ? ne seraient-ce pas les bras de ces puissants engins à l'aide desquels les assaillants lançaient des pierres du poids de cent livres et qu'ils avaient employés au siège du château de Roucy ?

Robert II fut l'un des otages du traité de Brétigny. Il mourut en 1364.

ISABELLE (1364-1383), sa fille, lui succéda. Elle avait épousé contre son gré Louis de Namur, et elle entretenait de coupables relations avec Pierre de Craon, seigneur de Rozoy. Elle conçut contre son mari une haine si violente, qu'elle sollicita et obtint du roi l'autorisation d'aliéner tous ses biens ; et la terre de Sissonne fut ainsi vendue par elle à Louis d'Anjou et de Tourraine, roi de Sicile et de Jérusalem, fils de Jean-le-bon, roi de France, le principal dilapidateur des trésors amassés par Charles V, son frère. Dix ans auparavant, en 1373. les Anglais, commandés par le duc de Lancastre, traversèrent la France de Calais à Bordeaux, et brûlèrent Sissonne en passant. Ils le brûlèrent encore en 1380, dans une seconde course à travers la France, sous la conduite de Buckingham.

En 1383, Sissonne avait 280 feux.

        Maison d'Anjou (1383-1410) :

LOUIS, duc d'Anjou, voulant faire valoir les droits que lui avait légués sur le royaume de Naples, Jeanne, arrière-petite-fille de Charles d'Anjou, partit en Italie, avec les trésors du feu roi et le produit des impôts excessifs qui occasionnèrent la révolte des Maillotins. Il mourut en 1387 (J'ai trouvé dans le Parc derrière le groupe de sapins, à gauche de l'allée de Courval, une pièce de monnaie de Louis d'Anjou, roi de Chypre et de Jérusalem. Je l'ai remise à M. Laisné qui cependant ne l'a plus dans sa collection).

CHARLES, son fils, lui succéda, comme seigneur de Roucy et de Sissonne. Cependant le frère de Robert II, comte de Braisne et de Pont-Arcy, eut pour successeurs son fils Hugues II en 1393, et son petit-fils Jean VI, en 1395.

En 1410, un arrêt restitua la terre de Roucy et de Sissonne à Jean VI par suite de retrait lignagerLe retrait lignager est une technique médiévale permettant aux héritiers de rentrer en possession d`un héritage vendu en remboursant le prix d`achat de celui-ci. sur Charles d'Anjou.

        1ère Maison de Roucy ([suite] 1410-1497) :

JEAN VI. La France était alors déchirée par les Armagnacs et les Bourguignons. En 1414, le duc de Bourgogne saccagea Sissonne. Et ses bandes ne reculèrent que devant un détachement qu'envoya contre elles Charles VI qui se trouvait alors en pèlerinage à Liesse. Jean VI fut tué l'année suivante à Azincourt. Jeanne, sa fille, épousa Robert de Sarrebruck.

JEAN VII, leur fils, épousa la fille de Dunois, Catherine d'Orléans, et n'ayant pas d'enfant légitime de ce mariage, il légua la terre de Sissonne à son fils naturel, Louis, qui devint la tige des Roucy-Sissonne.

        2ème Maison de Roucy-Sissonne (1497-1706) :

LOUIS de Sissonne se distingua dans les guerres de cette époque. Il obtint le gouvernement de Braisne, Roucy, Neufchâtel. etc. En 1512, les habitants lui reconnaissent le droit de terrageRedevance en nature (raisins, fruits, blé ...) sur tous les héritages assis hors des murs de la petite ville, a raison de 11 gerbes l'une. En 1531, il obtint de François 1er l'établissement de deux foires à Sissonne, et un jour de marché par semaine.

HENRI succéda à son père en 1537 et devint chambellan d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et comte de Marie, quand ce prince, époux de Jeanne d'Albret, devint roi de Navarre, par la mort de son beau-père. Il avait deux fils jumeaux tellement ressemblants que leurs parents ne les distinguaient que par leur habillement (voir Manuel historique de M. Devisme). Charles de Roucy, frère d'Henri, devint évêque de Soissons et assista au sacre de François II.

NICOLAS, l'un des deux jumeaux, succéda à son père Henri en 156 et fit construire à Sissonne. au midi de la petite ville, un château, dont l'évêque de Soissons, son oncle, posa la première pierre en 1573, le 1er avril. Ce château subsista jusqu'en 1706. Nicolas fit dresser en 1585 le papier-terrier de sa terre de Sissonne.

C'est vers 1560 que naquit à Sissonne Guillaume Dupré, habile sculpteur et graveur de médailles, dont nous parlerons plus loin.

En 1589, un chef des ligueurs, Montluc de Balagny, gouverneur de Cambrai, s'empara de Sissonne dont le^seigneur avait embrassé les doctrines calvinistes et s'en montrait l'ardent propagateur ; mais l'année suivante, Henri IV le força de se retirer de Sissonne vers Liesse et Crécy, en envoyant contre lui les troupes du duc de Nivernois.

En 1593, Mansfeld, général allemand, gouverneur des Pays-Bas, pour appuyer les prétentions de Philippe II, roi d'Espagne, qui voulait faire reconnaître sa fille Isabelle, comme reine de France à la mort d'Henri III, se dirigea avec des troupes de Guise vers Montcornet, où il reçut un renfort que le Pape envoyait au secours des Ligueurs, et vint camper à Sissonne. Laissant ses troupes sous les ordres du colonel La Bourlote, il se rendit à Laon, puis à Soissons, où il eut une entrevue orageuse avec le duc de Guise, lieutenant-général du royaume. Les troupes espagnoles livrèrent aux flammes et au pillage un grand nombre de maisons de Sissonne ; les exactions auxquelles elles se livrèrent obligèrent les habitants à s'enfuir. Les cruautés furent telles que Mansfeld, à la prière des Laonnais, interposa son autorité pour arrêter les excès.

En 1595 on commence à tenir un registre de l'état civil. C'est le curé qui en est chargé ; il enregistre non seulement les naissances, décès et mariages, mais les événements locaux et certains faits historiques (assassinat d'Henri IV et du maréchal d'Ancré). On y trouve beaucoup de renseignements sur Sissonne. On y remarquait déjà les familles Crabouiller. Foreau, Baudvin.

En 1614, tous nos pays étaient au pouvoir des "mécontents". On sait que c'était le nom donné aux princes qui disputaient le pouvoir à Marie de Médicis et à Concini pendant les premières années de Louis XIII. Le peuple les chansonnait en leur donnant le sobriquet de "guéridons" (cette expression se retrouve dans une note de l'état civil). Condé, leur chef, fut arrêté et mis à Vincennes, les ducs de Vendôme, de Mayenne, de Bouillon, et de Coeuvres, ses partisans se réunirent à Laon ; mais le roi envoya contre eux le duc de Guise qui reprit tous les châteaux dont ils s'étaient rendus maîtres. Vendôme, Mayenne et le marquis de Coeuvres l'attendaient à Sissonne, bien résolus à livrer bataille. Sissonne était alors un "bon bourg, fermé de murs et de fossés pleins d'eau". Les mécontents ne purent tenir, et l'armée des guéridons se dirigea vers Charleville et Mézières (état civil de Sissonne) après un conseil de guerre ténu dans le Parc.

1615. Il y avait alors à Sissonne un hôpital. Chaque nouveau-né avait alors 2 parrains et 2 marraines, les seconds étaient des enfants qu'on appelait le "petit parrain" et la "petite marraine".

1616. Les ducs de Vendôme et de Mayenne et le marquis de Coeuvres se réunirent à Sissonne dans l'intention de livrer bataille au duc de Guise ; mais ils se retirèrent vers Laon, sans combattre.
Guise eut avec eux une escarmouche à Vaux-sous-Laon.
Vendôme, Mayenne et le marquis de Coeuvres étaient du parti des "mécontents" dont l'armée s'appelait l'armée des "guéridons", qui "fut la source de plusieurs chansons et refrain, de ce temps-là". Guise s'empara du château de Rozoy, sans que les mécontents pussent s'y opposer.

1620. CHARLES de Roucy, succéda à son père. De Claude Hurault, il eut plusieurs enfants : Louis, qui fut seigneur de Sissonne ; Jacques, seigneur de Sainte-Preuve ; Charles, religieux à St-Martin de Laon ; Marguerite, religieuse à N.D. de Soissons ; Claude, épouse de Jacques de Chambly, de Monthenault ; Suzanne, femme de Jean de Champrond ; Anne, religieuse à Soissons.

1621. Un incendie détruit 12 maisons dans la Roize "ce qui esbranla bien les habitants" (état civil).

1624. Nota, que du dimanche 21 octobre vint loger à Sissonne le régiment de M. de Jaucourt, avec promesse de payer leurs hostes ce qu'ils ne firent pas ; et leur fut baillé des vivres et des munitions tant pain que vin et chair, et. si bien qu'ils fussent, ils ne laissaient pas de traister leurs hostes avec rigueur" (état civil) .

1625. Jean Hua, curé de Sissonne et doyen du doyenné de Montaigu.

1630. Il y eut un dénombrement de la terre et seigneurie de Sissonne.

1648. La Maladrerie de Sissonne avait un revenu de 200 £ et le Petit hôtel-Dieu 400 £.

LOUIS II, de Roucy, succéda à son père en 1649. Une des portes de Sissonne s'appelait porte du haultavenne, et une rue : "Rue du Sacq".

1652. Condé. décidé à quitter la France, Paris ayant rappelé le jeune Roi et Mazarin, vint à Sissonne, chez le comte de Roucy, s'y rencontra avec le comte de Fuenseldagne, général des Espagnols, et passa au service des ennemis de son pays. L'année précédente, Mazarin était déjà venu en fugitif demander asile au comte de Roucy, en se rendant à Cologne par Rethel. Le comte de Roucy a donné le nom du ministre au plong principal du Parc et à une allée. Le cardinal revint à Sissonne avec le roi Louis XIV, qui coucha au château le 8 août 1654. En 1657, le roi y coucha de nouveau le 5 juillet et le 8 septembre.

Pièce commémorative du mariage de Louis II de Roucy et de Claude de Mailly

1653. L'armée royale attend Condé à Craonne et à Beaurieux. Turenne et La Ferté échelonnent leurs troupes d'Eppes et de Coucy à Neufchâtel. et prennent leurs quartiers de rafraîchissements dans les doyennés de Neufchâtel, Montaigu (Sissonne) et Bruyères.

1653. Le 29 octobre. Louis II de Roucy. seigneur de Sissonne épouse Claude de Mailly, veuve de son frère Jacques, mort seigneur de Sainte-Preuve. A l'occasion de ce mariage, une médaille est frappée présentant d'un côté un écusson aux armes des Roucy et des Mailly, entouré de ces mots : "Louis de Roussy, seigneur de Sissonne" - et de l'autre une femme assise portant un rameau et avec cette devise : "fortis cum leone Mallei" (le maillet de Mailly sera fort avec le lion de Roucy).

Le 7 juin 1657, Louis de Roucy baille le droit de four banal à N Vairon et Michel Cailleau, moyennant 90 £ de rente annuelle, et les hôteliers et cabaretiers ne pourront troubler la vente du pain, tel jour que ce soit.

En 1658, bail de vinaige et affouaige des vins à Robert Chevalier.

1666. Louis de Roucy prouve devant Dorieux, intendant de Soissons, 5 générations depuis 1520.
Une des portes de Sissonne s'appelait "Porte du Ponceau", une des rues, "Rue des Fumiers", une autre, "Rue du Préau".

1668 Une peste sévissait à Laon, et les habitants de cette ville la fuyaient. Pierre Clarambaut voulant s'établir à Sissonne, les habitants le frappent et le chassent.

1672. Louis de Roucy et Claude de Mailly eurent 3 enfants, entre lesquels Henriette de Roucy-Sissonne, surnommée "la belle Picarde". Elle aimait le marquis d'Albret ; mais trompée par son père qui lui fit croire que d'Albret avait péri a l'armée, elle consentit à épouser le comte de Bussy-Lameth, de Pinon. Le marquis n'était pas mort, comme on le lui avait assuré ; il revint et renoua avec elle des relations que Louis de Roucy dévoila à Lameth. Celui-ci se mit en embuscade dans le parc de Pinon, et au moment où le marquis arrivait à un rendez-vous nocturne, près d'une fontaine il le fit assassiner, le 6 août 1678. La belle Picarde passe pour avoir inventé le pas chorégraphique de Sissonne, appelé par altération : "de si-sol".
Claude de Mailly vécut jusqu'en 1700.

8 février 1673. Le Saint-Sacrement est apporté et exposé à un incendie qui brûla deux maisons.

En 1680 Louis XIV se rendant à Liesse, en pèlerinage, vint coucher pour la 4ème fois au château de Sissonne. Il était suivi d'un sieur Lapointe, qui dessinait les châteaux où s'arrêtait le le roi : il a dessiné le château de Sissonne.

1681. FRANÇOIS-CESAR de Roucy-Sissonne, succède à Louis II, son père. Il présente, au cardinal d'Estrées, évêque de Laon, à titre de fief, foi et hommage, le dénombrement de la terre de Sissonne.

Le Chastel avec ses dépendances. Basse-cour, Lieu et pourprix d'icelui et les fossés ; le parcq, dans lequel passe la rivière, 2 moulins à vent, les bois de l'Echelle, le grand Bois, le Bois haut Pétereau, la petite garenne et deux autres, le moulin Brode, la ferme de la Proche-Ville, celles de la Mivoie, du Bois Loyer, du Buisson-Gaucher, de Buiscencourt et de Vilette. La halle tant de la grande ville de Sissonne, que de la petite ville ; le droit de Haute, moyenne et basse .justice dans toute la chasteîlenie (Pour l'exercice de ce droit, le seigneur a bailli, lieutenant, procureur fiscal, greffier procureur, sergent, êchevins, maire et d'autres officiers), la garde de haute, moyenne et basse justice sur les maisons, terres et dépendances de Geoffrécourt, relevant de l'abbaye de Vauclerc ; sur la maison de St-Ladre (la Maladrerie) de Sissonne ; sur les maison, moulin, pourpris et bois d'Ecoret ; sur la maison, terroir, etc. du prieuré de Sainte-Preuve, sur la maison du Buy, sur la maison de la Viévilîe.
A lui appartiennent les droits de lods et ventes sur toutes les maisons et héritages de la chatelîenie - tous droits de biens vacants qui peuvent écheoir et qu'à un haut et puissant seigneur peuvent appartenir ; les droits de vinage sur toutes les marchandises passant dans la ville de Sissonne. Le droit de four banal - de 6 sous à la St-Remi pour la faculté à chaque habitant d'avoir un four dans sa maison ; le droit d'accorder aux boulangers de vendre au public à l'exclusion de tous autres habitants ; le droit de rente du buffet pour les héritages que tiennent les habitants ; les foires de Sissonne , les droits de bourgeoisie et autres payables au château par chaque ménage de la petite ville, appelée : la Ville française ; les droits dus par les habitants de la Grande ville pour leurs héritages - le droit de ferrage de 1 gerbe sur 12, payable à la grange du seigneur avant l'enlèvement des récoltes - le droit de pêche de la Viévilîe jusqu'au moulin de Marchais, le droit de chasse sur la rivière, le droit de rouissage - une redevance de 20 sols pour tout habitant qui fera rouir du chanvre dans la rivière - le droit de chaussée sur chaque voiture, le droit de pied sur rue - une poule par ménage au Noël et une 1/2 poule par 1/2 ménage de la grande ville ; le droit de rouage soit 4 pots par chariot de vin, 2 pots par voiture ; le droit d'afforage sur le vin vendu en détail à Sissonne soit 1 pot de vin, un pain et 1 fagot par pièce de vin ; les droits d'étaîîage, hallage, etc, etc. La mairie de la grande et de la petite ville ; avec droit de bon prix rouage te herbage ; un pot de vin à la St-Remi pour la terre de la Cave (12 arpents) 2 chapons 1/2 par J. Buhot pour terres de l'Eglise exempte de ferrage, etc. 1/4 de chapon pour la terre du seigneur exempte de terrage, 3/4 de chapon, 1 chapon 1/4, 1 chapon, 1 chapon 1/4 par divers pour terres exemptes de terrage. Fiefs dans la mouvance du seigneur : 1 fief à M. de la Suze, 1 fief par Gauche Charles de la Maison, 1 fief à la petite ville appelé fief de Beaurival.

1682. Les revenus du Petit-hôtel-Dieu de Sissonne, établissement distinct de la Maladrerie, s'élèvent à 400 livres.

1685. Catherine Jolly, veuve de Jean Turpin, lègue 20 sols à 4 confréries, des Trépassés, Rosaire, St-Sacrement, Sainte-Anne, et 12 sols à l'église pour être inhumée devant l'autel Sainte-Anne, auprès de son mari.

1687. J.J. de Roucy. chevalier de Sissonne, et Claude de Mailly, Dame de Sissonne, tiennent sur les fontsLes fonts baptismaux Claude Buhot, fils de Philippe Buhot. notaire, et de Suzanne Huon.

1688. Jacques Buhot, sergent royal, époux de Marguerite Rouillier.
23 novembre. M. Haranguier, curé de Sissonne, en remplacement de M Lefèvre qui vit encore jusqu'au 23 mai 1692. M. Haranguier exerce jusqu'au 15 mai 1691 ; il est remplacé par M. Arlault, cordelier, prédicateur à Sissonne, puis par M. Boujon, et enfin, le 16 janvier 1694, par M. Bourgeois. Ce dernier se retira à Laon comme chanoine en 1710. En 1712, le curé de Sissonne était M.Heuste.

1691 Louis XIV impose un droit de nouvel acquêt sur les usages des communautés. Sissonne est taxé à 539 £ pour un marais qui sépare celui de Sissonne de ceux de Marchais et Montaigu et pour le droit d'usage sur une partie du marais de la Communauté de Montaigu.
La Souche est dénommée sous le nom de Choc (évêché de Laon)
1605 - Socq (1692), Choque ou de La Roye (du nom de la famille a qui appartient le château de Pierrepont. Autour de Pierrepont, un de ses bras s'appelait Chêne. Chaisne, 1605. Chêne, 1702, ou Rivière le Comte à l'endroit où elle tombait dans la rivière de Vaussery.

1695 Le 10 juin, un édit de Louis XIV réunit les terres et revenus de la Maladrerie de Sissonne à l'Hôtel-Dieu de Vervins, a charge de satisfaire aux prières, services et fondations dont peut être tenue ladite Maladrerie et de recevoir les pauvres malades de Sissonne en proportion de ses revenus.
Cette clause ne fut jamais observée ; aussi en 1858, le Bureau de bienfaisance de Sissonne revendiqua la propriété de la Maladrerie Mais le Ministre décida que les biens seraient vendus, pour, le prix en être partagé entre l'Hospice de Vervins et le Bureau de bienfaisance de Sissonne, par moitié. Ces biens furent vendus 98 mille francs.

1700. Claude de Mailly, veuve de Louis II, mourut et fut inhumée dans la'chapelle seigneuriale qui est en la paroisse.
Cette même année, commença entre la commune de Sissonne et celle de Montaigu, un procès qui devait durer plus d'un siècle. Il s'agissait pour les habitants de Sissonne d'être maintenus dans leur droit d'usage sur le marais, qui se trouve au couchant de la rivière de la Souche, depuis Sissonne jusqu'à Punisimont. Ce procès fut porté devant toutes les juridictions, et en 1776 le Parlement de Paris donna gain de cause à Sissonne ; mais la Commune de Montaigu ne se soumit pas. Ce n'est qu'en 1805. que les deux Communes, lassées de plaider et de supporter des frais onéreux prirent le parti de transiger. Sissonne obtint en toute propriété une portion du marais en litige : on le nomme encore le "Marais de Montaigu". L'affaire fut introduite le 8 août 1700, par une requête des habitants de Sissonne à l'Intendant de Soissons, pour être maintenus dans leur droit d'usage sur le marais de Montaigu. attendu que les habitants de cette commune chassent du marais les bestiaux de Sissonne .

1702. L'état civil mentionne dans un de ses actes, la ferme de la Flaque, dite Claircourt.
19 septembre 1702. Alexandre Rohart, Bailli des Terre et Seigneurie de Sissonne, épouse en la chapelle du château, Marguerite Chauveau, fille de Noël Chauveau, avocat au bailliage et siège présidial de Laon, en présence de François de Roucy, Seigneur et Comte de Sissonne, et de François César Delamer, écuyer, seigneur de Lislet, Conseiller du Roy, lieutenant au bailliage de Laon.

1703. 25 février, abjuration de Marie Madeleine de Blon, protestante, dangereusement malade. Elle était originaire de Ville-Neuve, diocèse de Troyes.

1706. Les habitants de Sissonne sont invités par l'Intendant de Soissons, à faire dessécher les marais : ils répondirent que cette opération rendrait les marais improductifs, en raison du sol sablonneux, léger et brûlant ; déjà ils ne produisent que dans les années humides.

Le 27 juin 1706, François César de Roucy-Sissonne vend la terre de Sissonne à François BLONDEL, secrétaire et intendant des bâtiments du Roi. Il rase le château des comtes de Roucy, et le reconstruit, en y adjoignant un grand Parc et un vaste jardin. Le parc fut entouré de murs et percé d'allées à la française (allées droites).
Ce château était un long rectangle, de 106 pieds de longueur sur 28 de largeur, à un étage, avec corridor dans toute sa longueur, et 2 pavillons à 2 étages de 30 pieds de façade sur 48 de largeur. le tout, sur une terrasse et faisant face à la rue de la Ville. La façade était ornée d'un fronton et de colonnes plaquées entre toutes les fenêtres. Le corps de logis était percé d'une porte et de 6 fenêtres et chaque pavillon en aile, de deux fenêtres. A droite et à gauche étaient, accolés aux pavillons, deux petits bâtiments à l'italienne n'ayant qu'un étage, l'un était la chapelle, l'autre la cuisine.
En avant du château était une grande cour d'honneur ; a gauche, le potager ; à droite, de très belles basses-cours. Il y avait en outre, maison de jardinier, écuries, remises, orangerie, etc.
Cette reconstruction eut lieu en 1708.

1709. Mort d'Alexandre Rouillier, garde-chasse de Messire François Blondel, seigneur de Sissonne.

1710. Nicolas Mauduit du Parcq, était receveur des terre et seigneurie de Sissonne. C'était un des anciens employés du comte de Roucy, où il s'était marié.

1711. Mort de Charles Soyer, concierge du château.
25 septembre 1711. Une fille de M. Mauduit du Parcq a pour parrain Messire Charles François Delaborde d'Herville, envoyé extra-ordinaire du roi, en Italie, et pour marraine Jeanne Marie Mann, femme de François Blondel, Intendant des bâtiments de Sa Majesté, seigneur de Sissonne.

1712. Décès de Mathurin Bertin, garde-sel ; d'Henri Martin, contrôleur ; de Souquet, employé de la gabelle, ce dernier a été assassiné. Mention à l'état civil d'un capitaine des gabelles, et d'un lieutenant.
En octobre 1712, le major général hollandais Growenstein, gouverneur de Bouchain, fut envoyé par le Prince Eugène, à la tête de 2 à 3000 hommes, pour faire une incursion hardie dans le nord de la France. Il passa par Proisy, Crécy, Pierrepont, Liesse, Cuirieux, Mâchecourt, Goudelancourt, Montigny-le-Franc, Bucy, Ebouleau, Chaourse, Bosmont, et de là il marcha sur Vervins qui se racheta du pillage en payant 25.000 £. De Vervins, il vint à Sissonne qu'il pilla, après l'avoir taxé à 2000 £ et enlevé 8 otages ; il se dirigea sur Goudelancourt-lès-Berrieux, Berry-au-Bac, Neufchâtel, Corbeny. Il traversa ainsi toute la Champagne et la Lorraine, et arriva à Strasbourg sans avoir été inquiété.

1713. 14 septembre, baptême d'un enfant de M. Mauduit du Parcq.
Parrain : Thomé de Ferrière, Conseiller au Parlement de Paris ;
marraine : Françoise Marie de Brœuille, épouse de Messire François Gabriel Charles d'Angennes, seigneur de Sissonne.
Le 2 juin 1713, François Blondel et Jeanne Marie Marin, sa femme, vendent la terre de Sissonne à Charles François d'ANGENNES, enseigne des Gens-d'armes de la Garde.

1715. 3 octobre, Claude Boquette, veuve Jumel, est enterrée devant la chapelle du Saint-Rosaire, dans l'église de Sissonne.
9 juillet 1715, mariage de Jean Antoine du Tandart de Loyë Rouge, capitaine d'infanterie, avec Marguerite Heuste, soeur de M. Heuste, curé de Sissonne, fille de Claude Heuste, officier commensal de la Maison du Roy, dans la prévôté de l'hôtel de S.M et grande Prévôté de France.

1720. Le 7 septembre, M. Heuste, curé de Sissonne, meurt à 39 ans. Il est remplacé par M. Bévière, fils d'Etienne Bévière, chirurgien à Sévigny.
A cette époque, les Buvry, les Buhot, les Mauduit du Parcq, les Souëf et les Rouiller, étaient les employés du château.

1723. 27 septembre, naissance de Françoise Hélène d'Angennes, fille du seigneur.

1726. Baptême de Martin Albert Souëf, fils du lieutenant de la justice de Sissonne.

1728. Les revenus de la cure Saint-Martin de Sissonne, s'élèvent à 404 £.; M. Banneret, titulaire ; l'abbé de Saint-Michel en Thiérache, coilateur ; l'Evêque de Laon, patron.
Les revenus de la chapelle Saint-Martin, fondée dans l'église paroissiale, sont de 63 £ 6 sols et les charges de 15 £. Nicolas Pottelain, titulaire ; l'abbé de Saint-Michel en Thiérache, patron ; l'Evêque de Laon, collateur.

1729. Aimée Humbert, épouse de Jean Christophe Galhau, Capitaine d'une compagnie franche de 100 fusiliers, est enterrée dans la chapelle du Rosaire.

1736. 21 août, Philippe Le jeune, épouse Philippine Mauduit du Parcq, fille du Receveur, qui est décédé le 12 février 1733.
Le 15 août 1736, Charles François Gabriel Mauduit du Parcq, épouse Radegonde Bernard. De ce mariage naquit un fils dont le parrain fut Frédéric Jérôme de Roye de la Rochefoucauld, de Bourges,représenté par Pierre Bernard, receveur du Comte de Roucy, et la marraine Marthe Elisabeth de Roye de la Rochefoucauld, fille mineure du feu Comte de Roye et de Roucy, lieutenant général des armées du roi, représentée par Anne Angélique de Brières. Charles François Gabriel Mauduit du Parcq est le fils de Nicolas.

1737. 12 août, mort de Radegonde Bernard.

1738. Nicolas Lefèvre, maître d'école.
Joseph Rouillier, Procureur fiscal.
Féart, chirurgien à Sissonne.

1740. M. d'Angennes fait l'abandon de la terre de Sissonne à sa femme Marie Françoise Mailly de Brœuilles.

1744. J.J. Rouillier, ex notaire royal, épouse H. Mauduit du Parcq, et leur fille fut mariée à Pierre Flamain.

1746. La Compagnie des Chevau-léger Dauphin prend ses quartiers d'hiver à Sissonne.

1747. Charles Bouy, laboureur, greffier en la justice.
Thomas Vincelet,fermier à La Folie.
Godailler, fermier à Joffrécourt.
2 juin 1747, pose de la première pierre de la sacristie par M. le curé Bevier ; cette sacristie a été détruite en 188.. époque de construction des voûtes du choeur.

1748. Le meunier de Liesse et les pêcheurs de Marchais se plaignent que les chanvriers de Sissonne en faisant rouir leur chanvre dans la rivière, arrêtent les eaux et font périr le poisson. Les chanvriers sont condamnés à payer 50 £ au meunier et 50 £ aux pêcheurs ; mais comme le travail du chanvre les fait vivre, le tribunal les autorise à le faire rouir dans les endroits les plus larges de la rivière. Onze ans plus tard, le garde de Marchais verbalisait encore contre eux, et réclamait l'abolition de ce droit. Nouveau procès en 1765 (voir plus loin).

1749. François Vincelet, fermier à la Mie-voie.

1753. Eloi Bernouville, employé dans les fermes du Roy.
Germain Buvry, notaire royal à Sissonne.

1754. Denis Bigault, garde-chasse de Mlle d'Angennes.
François Boileau, receveur de la terre de Sissonne.

1756. Nicolas Pottelain, titulaire de la chapelle Saint-Martin, reconnaît qu'il n'a droit qu'à 4 parties sur 9 des menues dixmes qui se perçoivent sur le terroir, et les évalue, ces dixmes, à 120 £ environ, les charges sont de 14 £ 8 sols.
J.J. Rouillier, notaire royal à Sissonne.
Jean-Claude Duchatillet, procureur fiscal.
Souëf, greffier.

1759. Albert Martin Souëf, lieutenant en la Justice de Sissonne.
Caurette,fermier au Bois Loyer.
J.J. Rouillier, notaire royal ; il avait épousé Jeanne Mauduit du Parcq.

1760. Françoise Hélène d'Angennes, héritière de sa mère, Marie Françoise Mailly de Broeuille, vendit le domaine à Mme Anne Louise Masson veuve du Marquis d'Aligre.
Sissonne comptait alors 910 habitants, 200 feux, 60 charrues de terres labourables, 180 arpents de prés, 250 arpents de bois, et 36 arpents de chenevières.

1761. Le 23 août, l'assemblée générale des habitants reconnaît solennellement devant le bailli et le syndic qu'ils se désistent de leur instance pendante au Parlement, à l'effet de refuser à Mme d'Aligre le droit de terrage à raison d'une gerbe sur 12 ou d'une mole sur 12 sur les terres non redevables d'un cens au buffet de la Seigneurie : ils reconnaissent l'existence et l'universalité de ce droit, à l'exception toutefois des héritages sis dans les enclos. Ces héritages sont exempts de droits de terrage. attendu que les habitants de la grande-ville paient au seigneur 18 £ 15 sois de taille réelle et personnelle, et ceux de la petite ville 48 £ 15 sols. Ce même jour, Mme la marquise d'Aligre reconnaît l'état des terres franches sur l'exhibition que lui font les habitants de leurs actes d'acquisitions, d'échanges et partages. à charge par eux de payer le cens au buffet du seigneur et d'en faire une nouvelle déclaration au premier coeuilleret qu'elle en fera faire.

1764. Martin Rousset, agent de la marquise d'Aligre.

1765. Pierre Mabon, chirurgien à Sissonne.
Décembre 1765, Mlle Du Broeuille, meurt chez la marquise d'Aligre, et est enterrée dans le choeur de l'église de Sissonne.
Les chanvriers de Sissonne sont de nouveau troublés dans le droit de rouissage dans la rivière. Le 19 juin 1766. une sentence du bailliage les autorise à y faire rouir leurs chanvres ; mais Mme d'Aligre, probablement lésée dans le prix de location de la pêche se joint au meunier de Liesse et aux pêcheurs de Marchais pour leur enlever ce droit ; elle offre des bas-prés comme routoirsUn routoir ou roussoir est un endroit où l'on rouit les plantes textiles, notamment le chanvre. aux chanvriers qui refusent. Ils sont condamnés le 18 août, et font appel de cette condamnation, à l'Intendant de Soissons, le 14 janvier 1767 ; le mémoire présenté en leur faveur porte que Sissonne comprenait alors 240 feux ; que 100 ménages étaient occupés à travailler le chanvre qu'ils récoltaient, comme aussi celui qu'ils achetaient dans les pays voisins, et qu'après l'avoir préparé ils allaient le vendre dans les foires jusqu'à 20 et 30 lieues et qu'en raison des ressources que leur procurait cette industrie, les anciens seigneurs ont toujours permis le rouissage du chanvre dans la rivière (on ne trouve pas au registre la suite de cette affaire).

1766. 22 avril, M. Bévyer, curé de Sissonne, natif de Chaourse, meurt à 76 ans. On l'enterre dans le choeur de l'église. Il est remplacé par M. Collery, fils d'un ancien chevalier de Saint-Louis, lieutenant au régiment du Colonel général de la cavalerie, et pensionné du Roy. En 1768, M. Lalouette était son vicaire.

1768. 6 février, Mme d'Aligre meurt à Sissonne, à l'âge de 39 ans. Ses entrailles sont inhumées à Sissonne et la terre de Sissonne revient, le 28 juin 1769, à Mme de SAINT-JAL, mère de la marquise d'Aligre. Mme de Saint-Jal, née Marie Marguerite Chevailler, signa le 4 mars 1770 le coeuilleret qu'avait fait préparer Mme d'Aligre. C'est le recueil des droits de cens foncier seigneurial qui lui sont dus et doivent être apportés le jour de la St-Remi, de chaque année, au château, et sous peine de condamnation par les propriétaires et détenteurs d'héritages aux terroirs de la grande-ville et de la petite-ville de Sissonne. Le Prieuré de Sainte-Preuve, les abbé et religieux de Vauclerc, l'abbé de Saint-Michel en Thiérache, doivent un cens en argent à cause de droit de haute, moyenne et basse justice, et pour leurs terres et fermes sur le terroir. Les fermiers de la Mivoie, Vilette et Bois-Loyer, doivent des cens en argent pour leurs fermes. Les habitants de la grande-ville et de la petite-ville de Sissonne doivent des cens en argent pour leurs terres et leurs enclos (faute de paiement, le seigneur peut faire prisonniers le maire et le syndic). Ils doivent en argent des droits de lods et ventes sur les biens vendus - et, pour avoir le droit d'avoir un four chez eux, une poule "vif en plumes", plus 5 sols. Ceux qui vendent le vin au détail, doivent pour droit d'afforage, et par pièce un pot de vin, un pain blanc, un quartier de fromage et un fagot. Les habitants doivent, pour droit de terrage la 12e gerbe de tous grains et la 12e "mole" de tous foins ; ils doivent appeler les terrageux pour montrer les pièces, compter, prendre ou marquer, ensuite voiturer la dîme dans la grange du seigneur avant d'enlever leurs empouillesRécoltes sur pied, par opposition aux fruits récoltés, ou dépouilles.. Sont exceptés de ce droit, les terres et prés payant le cens au Buffet du seigneur et les enclos de la grande et de la petite ville. Chaque voiture de foin du marais, conduite hors de Sissonne doit 5 sols. Les habitants et les forains doivent des "écuelles" de grains pour droits de hallage, sterlage, mesurage et étalonnage des pots et mesures. Tout habitant qui fera rouir du chanvre dans la rivière du seigneur devra 20 sous au château. Au seigneur appartient tous droits pour forfaiture, amendes, confiscations, toutes "trouves" et biens vacants échus ou à échoir dans la seigneurie. Il a encore le tiers des usages indivis avec les habitants et la Communauté de Sissonne sur les terres, prés, marais et bois. Il lui appartient le droit de haute, moyenne et basse justice sur toute l'étendue de la Terre et Seigneurie de Sissonne et sur la ferme d'Ecoret, appartenant aux religieux de la Val-Roy. Les habitants du chef-lieu doivent pour droit de "bourgeoisie" des quartels- et écuelles d'avoine et 13 blancs parisis qu'ils doivent apporter au château le jour de la Saint-Remi, chef d'octobre. Suit une longue liste nominative des habitants et forains qui possèdent des maisons, terres, prés, jardins exempts de terrage et pour lesquels ils doivent payer au buffet du seigneur un cens en argent, ou en chopines et 1/2 chopines de vin, en 1/3 ou 2/3 de pintes de vin, en poulets vifs, en plumes, en chapons vifs, en plumes, ou en 1/4 de chapons.

1770. Louis Roze, procureur fiscal à Sissonne.
Vincelet, fermier à Claircourt.
Pierre Lecamp, garde-chasse pour la marquise de Saint-Jal, demeure au Bois-Loyer.
L. Boisart, régisseur au château de Boncourt.

1772. Montaigu demande au Bailli de Vermandois que le droit de pâturage et de rouissage sur partie de ses marais soit enlevé à Sissonne. Le 29 avril 1775, le Bailli rend un arrêt favorable à cette demande, et le 15 mai Sissonne appelle de cette sentence ; le 10 juillet 1776 Sissonne est confirmé dans ses droits de pâturage et de rouissage, sur une partie du marais de Montaigu.

1774. Thomas Louis Rosé, procureur fiscal, beau-frère de J.J. Rouillier, notaire royal, est inhumé dans la nef de l'église.
André Fourrier, régisseur du château.
23 février, décès de J.B. Manteau, greffier en chef de l'élection de Laon.
20 avril, Jacques Varlet, officier chez le Roi, lieutenant en la justice de Sissonne.

1775. Mort de Marie Thérèse Josèphe de Bon d'Acca, veuve de Louis Lecerf, capitaine d'artillerie, chevalier de Saint-Louis. est inhumée dans l'église de Sissonne, où son mari avait été inhumé en 1751.
Fossier, fermier à Maguigny, dépendance de la seigneurie de Boncourt (Ordre de Malte).

1776. Joseph Boutroy, chirurgien, fils de Joseph Boutroy, apothicaire du Roy.

1777. Le 3 avril, Mme de Saint-Jal, veuve en lères noces de Gaspard Masson, et en 2des noces de Jean de Lastic, de Saint-Jal, vendit le château de Sissonne et ses dépendances à M. le Prince de Béthune-Hesdigneul, comte de Noyelles, baron de Bousbec, mestre de camp de cavalerie des anciens Comtes souverains d'Artois, Prince du Saint-Empire romain, ancien guidon des Gendarmes de la Garde du Roy, chambellan actuel de LL. MM. I. & R., chevalier grand-croix de l'Ordre électoral du Lion blanc. Palatin, Membre des Etats nobles de Flandre, d'Artois, etc., chevalier des Ordres royaux de l'Aigle blanc, de Saint-Stanislas de Pologne, Inspecteur général de l'Ordre chapitrai d'ancienne noblesse dans la Langue d'Austrasie, etc. etc. Marié à Très haute et très puissante Dame Albertine Josèphe Eulalie Le Vaillant, baronne de Bousbecgue, etc., dame de l'Ordre impérial et royal de la Croix étoilée, dame de l'Ordre chapitrai de l'ancienne noblesse dans la langue d'Austrasie.
En arrivant à Sissonne le 8 juin 1777, M. et Mme de Béthune dotèrent deux jeunes couples qui se marièrent le même jour.
Le 14 septembre 1778, il leur naît un fils : Maximilien Louis Joseph Eugène, dont le parrain est Maximilien Antoine Armand de Béthune et de Sully, et la marraine Louise Suzanne Edmée Martel, duchesse de Charost. Cet enfant mourut le 22 août 1779.

1778. Le 28 juin un violent orage amène aux sources de la Viéville, une grande quantité de terrasses qui les obstruent.

1781. Décès de très noble Jules Théodore Victor Antoine Joseph Léon de Béthune, né à Tournay le 24 avril de cette année, reçu Chevalier de minorité dans l'Ordre de Malte par bref du 24 juin 1781, sixième fils de Mr et Mme de Béthune. Il est, comme son frère, inhumé dans le choeur de l'église.

1782. Le 19 février un arrêt du Parlement détermine le droit de triage de M. de Miremont, seigneur de Montaigu, sur le marais de cette commune. Il obtient le tiers contigu au terroir de Sissonne, et les habitants de Sissonne pour jouir de leur droit de pâturage et de rouissage sur le marais de la communauté de Montaigu doivent prendre un tel détour, que leur droit est illusoire (voir 1783).

1782. Le 30 juin, François Joseph Boutroy, fils du jardinier du château, est tenu sur les fonts de baptême par Joseph Rickel d'Orbeck, chanoine de Tournay, et Mme la Princesse de Béthune. Mr François'Joseph Boutroy est mort Conseil municipal, à Sissonne, le 4 février 1864.

1783. M. de Miremont traite avec Sissonne et lui cède un droit de passage sur ses marais afin de donner accès aux vaches et aux chevaux des habitants qui veulent conserver leur droit de pâturage et de rouissage. Ils lui payent une location annuelle pour une largeur déterminée.

1784. Ed. Pierlot, arpenteur à Sissonne, a fait le Plan de la Grande et de la Petite Ville de Sissonne (voir ce plan).

Plan de SissonneDessiné par Edouard PIERLOT en 1784

1786. La Terre de Sissonne comprenait :

1°) la ferme de Procheville, de 225 arpents.
2°) la ferme du Buisson, terres 360 arpents, garennes 2 arpents.
3°) la ferme la Mivoie, terres 223 arpents 50 verges, prés 21 arpents .
4°) Vilette, 97 arpents en terres et 28 en bois.
5°) Terres louées sans bâtiments 314 arpents 75 verges, prés 58 arpents 50 verges.
6°) Le tiers indivis des marais (le 1/3 du prix de la vente des herbes) sur 130 arpents environ.
7°) Terres à chanvre 6 arpents 50 verges.
8°) Bois 552 arpents 68 verges.
9°) Terres de plaisance (château, avant-cour, potager, etc.) 13 arpents.
Total : 2028 arpents 93 verges.

Les revenus de la Terre de Sissonne se composaient de :

Fermes bâties   3682 £ 00 s. 00 d.
Terres sans bâtiments   856 £ 15 s. 10 d.
Bois 7316 £ 00 s. 00 d.
Droits féodaux 5621 £ 04 s. 10 d.
Produit des dîmes   600 £ 00 s. 00 d.
Total 18076 £ 00 s. 00 d.

Détail du produit des droits féodaux :

2 moulins à vent. rendage en argent 1300 £ 00 s. 00 d.
plus 10 loués de vin pour 11 ans - 1 an 1 £ 16 s. 00 d.
La maison de l'ancien meunier louée 24 £ 00 s. 00 d.
Le Terrage affermé pour 9 ans 3350 £ 00 s. 00 d.
et 300 £ de vin pour 9 ans, par an. 33 £ 6s. 8 d.
La pêche de la rivière, louée pour 9 ans 120 £ 00 s. 00 d.
et 48 £ de pot de vin ; par an 5 £ 6 s. 8 d.
La pêche du parc & autres servitudes 50 £ 00 s. 00 d.
Le droit de buffet, année commune 185 £ 00 s. 00 d.
Le droit d'afforageDroit seigneurial qu'on paye au Seigneur pour avoir de lui la permission de vendre du vin ou autres liqueurs dans l'étendue de son Fief. , année commune 100 £ 00 s. 00 d.
LodsLors d'une vente, droit qui est censé payer l'autorisation du seigneur pour cette vente et ventes, droit de triage, d° 431 £ 15 s. 6 d..
Total des droits féodaux 5621 £ 4 s. 10 d.

Droits féodaux supprimés par les décrets :

Droit de bourgeoisie, en moyenne 173 £
Droit de poule, four, année commune 105 £
Four banal, qui était loué 118 £
Total 396 £

Droits contestés par les habitants :

Rouissage du chanvre, année commune 180 £
Triage des marais 600 £
Total 780 £

Charges affectées sur la terre de Sissonne :

Un cierge à la Chandeleur à la cathédrale de Laon 40 £
A la fabrique de l'église de Sissonne 51 £
Au curé pour un obitObit :
n.m. Service anniversaire pour le repos de l`âme d`un défunt
9 £
Total 100 £

M. de Béthune estimait la valeur de la Terre de Sissonne à 541 594 £ comptant pour rien tous les bâtiments et le château, dont il se réservait le mobilier, en cas de vente, se chargeant d'acquitter les droits de quint et de requintDroit qui consiste en la cinquième partie du fief vendu, qui se paye au Seigneur duquel il relève, par le nouveau Vassal.
Le requint est la cinquième partie du quint.
dus à son suzerain.

1788 En exécution de l'édit du 25 juin 1787 qui substitua pour l'administration des villages le régime représentatif des municipalités au régime vraiment démocratique des assemblées générales des habitants de la commune devant la porte de l'église, l'assemblée municipale de Sissonne fut composée de 11 membres. Le seigneur et le curé en faisait partie de droit. Elle était composée comme il suit :

1°) M. de Béthune, seigneur de Sissonne, président.
2°) Remi Martin Rosé, syndic.
3°) Jacques Varlet, officier de la garde-robe du Roy.
4°) Claude Joseph Louis Rouillier.
5°) André Fourrier.
6°) Jean Hutteau.
7°) Thomas Martin.
8°) Marc Antoine Louis Froment.
9°) Pierlot, greffier.
10°) M. le Curé.
Pierre Flamain, Jean Gozé et N. Jacquelet sont adjoints à la Communauté pour l'assiette des tailles.

Les réunions avaient lieu le dimanche, à l'issue de la messe paroissiale, en la chambre d'audience de la justice seigneuriale, prêtée par le seigneur, sur la convocation du syndic.

Les papiers de la Communauté étaient placés dans un coffre fermé de trois clefs. L'une était confiée au syndic, l'autre au procureur fiscal, et la 3e à J. Varlet. Le premier registre de cette assemblée est daté du 9 mars 1788.

Les délibérations étaient soumises à l'Assemblée de l'élection de Laon.

Le seigneur était représenté, en son absence par Germain Buvry, notaire royal, suivant procuration contrôlée à Liesse et scellée aux armes du seigneur, en cire rouge.

Le 27 juillet 1788, quatre personnes de Sissonne étaient exemptées de la taille :
J. Varlet, comme officier de la garde-robe du Roy.
Veuve Lecerf et Abbé Lecerf, la veuve et le fils d'un pensionné du Roy.
François Lhotte, invalide et pensionné de la gabelle.

Aussitôt sa constitution, l'Assemblée se préoccupa de l'établissement d'une Ecole de Filles ; les événements qui suivirent empêchèrent de donner suite à ce projet (voir plus loin).

Mme de Béthune mourut le 22 mars 1789. Elle fut inhumée dans le choeur de l'église.

Le 17 novembre 1789, des blatiersVendeurs de blé et autres graines étaient venus à Sissonne pour y acheter du blé ; les habitants les chassèrent, et voulurent empêcher les laboureurs de vendre leur blé à des étrangers. Les laboureurs convinrent de mettre en vente, sous la halle tous les mardis, de 9 à 11 heures, la quantité de 80 quartels de blé, avec la faculté, passé 11 heures, de vendre aux étrangers ce qui leur restera, et à un prix supérieur à celui du marché de Laon.

L' émotion n'était pas encore calmée, quand, le 22, un Sieur Mathy commandant de la garde nationale de Fumay, se présenta à Sissonne porteur. 1° d'une lettre de M. Necker à M. d'Esterhazy. gouverneur du Hainaut, lui enjoignant de faire verser dans les magasins du roi le blé qu'il avait emprunté auxdits magasins pour être distribué aux habitants de Fumay, 2° d'une lettre de M. d'Esterhazy à M. de la Tour du Pin, ministre de la guerre, pour être autorisé à acheter du blé à Montcornet et dans les environs, 3° de l'autorisation sollicitée. Il acheta deux voitures de seigle à Sissonne ; mais les habitants s'ameutèrent, empêchèrent le départ des voitures, et armés de fusils, ils montèrent la garde toute la nuit, devant les maisons où se trouvaient les voitures. La municipalité insultée et menacée dut se retirer devant les séditieux, et Mathy partit sans pouvoir enlever le blé.

Le 14 juillet 1790, la Municipalité de Sissonne envoya ses délégués à Paris, pour la Fête de la Fédération. L'anniversaire de la prise de la Bastille fut célébré solennellement dans la commune. Un autel fut élevé sur des gradins, place Saint-Martin, et les municipaux escortés par la garde nationale vinrent prononcer le serment civique ; le curé et tous les habitants sans distinction d'âge ni de sexe, prêtèrent le même serment à haute voix. Ce fut une belle fête. On avait orné l'autel de draperies blanches, de guirlandes de feuillage et de livrées aux trois couleurs.

A cette époque, où les droits féodaux furent abolis et où les idées de liberté n'étaient pas toujours bien comprises par les paysans, qui leur donnaient une extension illimitée, quelques habitants de Sissonne se figurèrent que les Marais communaux étaient une propriété dont chacun pouvait librement disposer ; ils furent poursuivis pour avoir été couper les aulnes dans le Marais.

Une nouvelle municipalité avait été élue le 7 février. Elle se composait de 6 officiers municipaux et un procureur. Douze notables leur furent adjoints pour former le Conseil général de la Commune. Les intérêts de la Commune allaient se trouver opposés à ceux du seigneur, c'est pourquoi les réunions municipales cessèrent d'avoir lieu dans la salle des audiences de la châtellenie ; on loua une Salle de Mairie.

La première mesure fut d'acheter deux tambours, un drapeau et six écharpes pour les officiers municipaux.

Le 23 juin 1790, la municipalité se rend chez M. de Béthune pour lui demander communication de ses titres relatifs aux droits féodaux notamment à ceux du droit de terrage, qui intéressent le plus les habitants, puisqu'on était à la veille de la moisson. M. de Béthune les leur fit remettre, sur récépissé, par son régisseur, en faisant observer que le District de Laon avait décidé que, vu sa possession notoire et immémoriale, il n'était pas tenu de les produire. La Municipalité lui demanda s'il s'engageait à rembourser le droit de terrage si ses titres étaient reconnus mauvais et son droit nul. Il répondit qu'il n'entendait préjudicier en rien à ses droits.
Quelques semaines plus tard, il renonça à l'administration du bien des pauvres, ainsi qu'à toute autorité et juridiction. Il fit connaître qu'il se soumettrait, autant que le comportait sa qualité d'"étranger", à tous les décrets de l'Assemblée législative, et qu'il se prêterait toujours volontiers à terminer à l'amiable les différends que le nouveau régime pourrait susciter entre la Municipalité et lui.
Ces différends s'accroissaient tous les jours. Les habitants se trouvaient encouragés, excités par les Décrets de l'Assemblée manifestement hostiles aux privilèges de la noblesse. Le 25 avril 1791, tous les habitants furent convoqués sous la halle et invités à faire connaître s'ils voulaient terminer les difficultés pendantes, en acceptant la décision de quelques experts, ou s'ils préféraient porter la cause devant un tribunal ; auquel cas, ils auraient droit d'en appeler. Ils choisirent ce moyen.
Le 22 mai, ils refusent toute enchère à la vente des herbes du marais, parce que le seigneur refuse d'abandonner son droit au "tiers" du produit de l'adjudication. Ils prétendent que ce droit de "triage" n'avait été encourmencé en la Table de marbre que sur la production d'une transaction qui leur avait été surprise le 19 décembre 1784.
Ils demandent en outre, que l'excédent de la contenance du Grand Bois, telle qu'elle doit appartenir à M. de Béthune, soit abandonné à la Commune, parce qu'il y a eu anticipation.
Que la grille de la cour d'honneur du château soit reportée de 40 pieds dans ladite cour, pour le même motif ; que tel fossé soit comblé, tel routy rendu à la Commune ; - et le 1er novembre 1791, quand le mandataire du seigneur réclama la taille échue, ils en refusèrent le paiement.

Le Conseil municipal, pour arriver à ses fins, fit des instances auprès du Directoire de l'Aisne pour faire déclarer, M. de Béthune "émigré", mais en vain.
Cependant l'ancien seigneur de Sissonne était accusé d'embaucher à Lille des soldats pour l'armée ennemie et de favoriser la désertion parmi les troupes qui se trouvaient à Tournay, et le séquestre allait être mis sur ses biens.
A cette nouvelle, la municipalité redoubla ses instances pour que ses droits fussent reconnus avant le séquestre : elle obtint enfin gain de cause.

Le 22 frimaireCalendrier Révolutionnaire
Mis en service le 22 septembre 1792 (1 vendémiaire an I). Le début de chaque année correspond au jour de l'Equinoxe vraie d'Automne (22, 23 ou 24 septembre).
Chaque année est divisée en 12 mois de 30 jours (année complétée par 5 jours appelés 'sans-culotides').
Les 12 Mois :
AUTOMNE :
- Vendémiaire (septembre/octobre)
- Brumaire (octobre/novembre)
- Frimaire (novembre/décembre)
HIVER :
- Nivôse (décembre/janvier)
- Pluviose (janvier/février)
- Ventôse (février/mars)
PRINTEMPS :
- Germinal (mars/avril)
- Floréal (avril/mai)
- Prairial (mai/juin)
ETE :
- Messidor (juin/juillet)
- Thermidor (juillet/août)
- Fructidor (août/septembre)
Le calendrier Républicain sera définitivement aboli sous l'empire le 11 nivôse an XIV ( 1er janvier 1806 ).
an II, le mobilier de M. de Béthune fut vendu par sentence du District de Laon ; et le 30 nivôse, la Commune fit brûler tous les titres concernant les droits féodaux. Ils furent, dit-on, apportés dans une hotte par le vacher, et jetés dans un feu allumé sur la Place de la Liberté. Toutes les autorités et le Comité de surveillance étaient présents et chargés d'assurer la destruction de ces titres.

Le château de Sissonne fut vendu à un Sieur Bastien, de Neufchâtel, et démoli en 1808.
Une portion du Parc était déjà revendue par lui, en détail, quand le reste fut acheté, le 31 janvier 1807, par M. Laisné, Inspecteur de l'Enregistrement et des Domaines.

Le 23 juin 1791. la Municipalité redoutant des troubles à l'occasion de la fuite du roi, envoya deux de ses membres à Charleville avec 650 £ pour acheter 51 fusils.

Le 1er septembre 1791, eut lieu le départ de 9 volontaires pour Saint-Quentin : la municipalité leur alloua 24 £ à chacun.

La Constitution fut proclamée solennellement à Sissonne le 16 octobre.

La Commune est troublée, la municipalité est forcée de fixer le prix du pain, 2 sols 6 deniers la livre de pain blanc, 2 sols la livre de pain bis. Le commissaire de police n'ose plus faire ses tournées le soir, sans être accompagné de 4 volontaires.

Le 27 mai 1792, le District de Laon demande deux cloches pour en faire du numéraire.

Le 14 juillet, une messe solennelle fut chantée sur un autel, dressé sur la Place de la Liberté ; et le Maire voua à l'exécration ceux qui porteraient atteinte à la Constitution, soit en réclamant l'établissement de "deux chambres", soit par le "République" !

Le 9 août, deux officiers municipaux proclament à son de tambour, dans toutes les rues de la commune que "la Patrie est en danger" !

22 septembre 1792. Proclamation de la République. Nouveaux serments, suivis de la destruction de tous les monuments, statues, inscriptions qui dans l'église ou ailleurs rappellent la "féodalité".

Le dernier acte de l'état civil rédigé par le Curé est daté du 17 octobre 1792.

Le pain est à 3 sols 6 deniers et à 3 sols.

Le Conseil municipal se réunit tous les huit jours et ses séances sont publiques.

1793. Sissonne devait équiper 18 volontaires (21 mars) ; mais ne peut livrer que 18 fusils et 18 paires de souliers.

Le 11 avril Dumouriez est déclaré "traître à la patrie", ordre d'arrêter tout officier ou soldat de son armée, qui traverserait Sissonne : une garde de jour et de nuit surveille les passants.

La loi du maximumLoi qui fixait le prix maximum des denrées de première nécessité est appliquée : le quartel de froment pesant 38 livres se paiera 4 £ 8 s. 6 d., le quartel de seigle de 36 livres, 51 sous, le pain blanc 3s. 9 d., le pain bis 2 s. 9 d.

Le 13 brumaire, le District de Laon requiert à Sissonne, toutes les selles qu'on pourra y trouver ; le 16, visites domiciliaires pour découvrir les jeunes gens qui se seraient cachés afin de ne pas se rendre aux armées, et les marchandises cachées depuis la loi du maximum.

Le 7 frimaire, le Curé Collery et Naire son vicaire, déposent leurs lettres de prêtrise et déclarent se contenter de la qualité de "citoyens". Cependant les habitants pétitionnent au District pour que le culte catholique soit continué dans l'église et que les "officiers religieux" aient à reprendre leurs fonctions. Le District répond en envoyant 20 chasseurs révolutionnaires à cheval, pour démeubler l'église.

5 nivôse, réquisition de 10 cordonniers, pour fabriquer des souliers "carrés par le bout" pour les militaires en activité.

Le 20 nivôse, réquisition aux 11 communes du canton, d'avoir à fournir toutes les semaines 100 quintaux d'avoine et 2000 bottes de foin ; et recensement du vin chez les aubergistes et les habitants, avec défense d'en vendre à ceux qui n'auront pas une permission écrite du District.

Le 26 nivôse, ordre de fournir 9120 quintaux de foin à "Réunion-sur-Oise" et 6000 quintaux d'avoine.

Le 7 pluviôse, recensement du blé, des vivres et fourrages existant dans chaque maison.

Le 12 pluviôse, ordre d'envoyer à Marie, sous trois jours, 1200 jalloisUnité de capacité du grain équivalant à 40 litres d'avoine et 400 bottes de fourrages ; le 16, nouveau recensement des vivres. Le 19, réquisition de voitures.

Le 11 germinal, recensement des chevaux et voitures avec défense de les vendre, si ce n'est pour le service des armées.

Le 16 floréal, réquisition d'un cheval sur 25 et d'un mulet sur 10. Le 28, fourniture de 1175 bottes de foin, et réquisition de tous les sabres qui ont 30 pouces de long. Chaque habitant fournira une livre de chiffons pour la fabrication du salpêtre. La Commune vend au gouvernement les 35 fusils qui lui restent.

Le Conseil municipal avait réclamé l'église pour en faire le "Temple de la Raison" et le lieu de réunion des "Assemblées primaires" : c'est là qu'on expliquera les lois républicaines.
On en avait enlevé l'horloge, et vendu le clocher à vil prix : l'adjudicataire ne se pressait pas de le démolir. Il fut sommé de le faire.

Le 22 vendémiaire an III, le presbytère fut converti en "Maison Commune", sa grange en "Maison d'arrêt" ; l'Instituteur fut logé dans l'ancienne cuisine et ... l'écurie...

Les réquisitions continuent plus pressantes que jamais ; la municipalité a beau répondre que les vivres sont épuisés, qu'on n'a même plus de grains pour les semailles, il faut en trouver, sous peine d'exécution, et le 29 messidor, 8 gendarmes sont envoyés à Sissonne comme garnisairesGarnisaire :
Celui qu`on établissait en garnison chez les contribuables en retard pour les obliger à payer, ou chez un débiteur pour garder les meubles saisis, ou chez les parents d`un jeune homme qui ne s`était point présenté pour la conscription.
.

20 brumaire an IV. En exécution de la loi du 21 fructidor an III, une Administration municipale centrale est constituée pour les 11 communes du Canton.
Elle accorde un traitement de 14900 £ en assignats (sans valeur) à un messager qui ira 2 fois par semaine à Laon, et parcourra une fois le Canton.

Le 25 frimaire, les 20 plus forts contribuables de Sissonne doivent payer, sans délai, les 3/4 de la contribution foncière de la Commune, et le 1er pluviôse, Sissonne contribuera à 1'"emprunt forcé" pour 529.800 £.

9 ventôse, nouvelle réquisition de chevaux ; défense de sonner la cloche ou d'annoncer autrement les exercices du culte ; ordre de porter la cocarde nationale.

Les habitants ne paraissent plus bien empressés de se livrer aux divertissements : la fête de la Liberté, la fête de l'Agriculture, la fête du 10 août ne sont pas célébrées à Sissonne.
Toutefois, celle de la "Fondation de la République" est solennisée : jeux et discours ; puis le 2 pluviôse, celle de la "punition du dernier Roy des Français" ; le 26 messidor, celle de la prise de la Bastille. Le 30 vendémiaire, celle des "funérailles du général Hoche : on y lit le panégyrique de Daunou et les assistants témoignent de leur sensibilité "en déposant des branches de chêne sur le catafalque".

Le 16 frimaire et le 15 fructidor, ordre d'observer le décadi : il paraît que les fonctionnaires eux-mêmes ne l'observent pas et que les ouvriers se coalisent pour refuser le travail le dimanche ; les patrons et les maîtres sont engagés à accorder non seulement le repos du décadi, mais celui du "quintidi"Chaque mois est divisé en trois parties égales appelées décades et les dix jours qui les composent sont désignés par :
Primedi ( 1, 11 et 21 ),
Duodi ( 2, 12 et 22 ),
Tridi ( 3, 13 et 23 ),
Quartidi ( 4, 14 et 24 ),
Quintidi ( 5, 15 et 25 ) ,
Sextidi ( 6, 16 et 26 ),
Septidi ( 7, 17 et 27 ),
Octidi ( 8, 18 et 28 ),
Nonidi ( 9, 19 et 29 ),
Décadi ( 10, 20 et 30 )
Le décadi est aussi un jour de repos.
.
Le 15 pluviôse, pour assurer l'exécution de cet ordre la clef de l'église est remise à l'officier municipal qui ne la confiera au ministre du culte que pour les inhumations et les jours de décadi.

Chaque année ramène périodiquement les fêtes républicaines.

Le 6 nivôse an IX, l'administration de Sissonne apprenant qu'il est question de réduire le nombre des Cantons, demande que le Canton qui a Sissonne pour chef-lieu soit agrandi et qu'on y adjoigne les Communes de Marchais, Liesse, Gizy, Chivres, Bucy, Amifontaine et La Malmaison ; et réclame en même temps le Bureau d'enregistrement, qui a été établi à Liesse, en 1720.
Un arrêté des Consuls, 25 septembre 1801, supprima le Canton de Liesse et le réunit à celui de Sissonne.Liesse conserva le Bureau de l'Enregistrement.

En 1814, le premier dimanche de Carême, une première reconnaissance de 16 hommes d'infanterie russe se présente à Sissonne.
Le lendemain, et presque pendant 6 semaines, les Russes font des réquisitions de vivres et de bestiaux.
Plusieurs détachements russes ou prussiens traversèrent Sissonne, y bivouaquèrent même, mais ne s'y installèrent jamais.

Après la bataille de Waterloo, 200 cavaliers français traversèrent Sissonne, se dirigeant sur Laon ; le lendemain 800 hommes d'infanterie passèrent à la débandade, sans armes et les habits en désordre.
Peu après Sissonne dut fournir, à Marle et à Laon, de fortes réquisitions pour les Prussiens ; mais aucune troupe ennemie n'y parut à cette époque malheureuse de la seconde invasion.

En 1822, un sieur Dubuc, entrepreneur de travaux publics, proposa au Conseil municipal le "dessèchement des Marais de Sissonne".
Les 298 hectares que possède la Commune, sont estimés 310.000 francs et l'on présume qu'après le dessèchement, ils vaudront 500.000 francs.
Le 1/5 de la plus-value serait pour la Commune, et le reste pour le Concessionnaire, à qui la Commune abandonnerait en outre 77 hectares de ses marais les plus éloignés.
Une ordonnance royale du 3 mars 1825 autorisa la Commune de Sissonne à traiter sur ses bases avec le sieur Dubuc, et l'acte fut passé à Liesse, le 28 août 1825, devant Me Leroux, notaire.
Le Canal de dessèchement ne fut terminé qu'en 1829.

En 1822, eurent lieu à Sissonne les opérations du "Classement des fonds de terre", pour fixer les bases de la Contribution foncière, et terminer le Cadastre du terroir, au Plan duquel on travaillait depuis deux ans.
Le terroir de Sissonne comprend 5292 hectares, c'est le plus étendu du Département de l'Aisne.

En 1823, la Commune acheta sur la Place, une grande et belle maison pour y établir la Mairie, la Justice de paix, l'Ecole des garçons avec logement pour le Maître, et les Pompes à incendie.
Avec un minime surcroît de dépenses,on pourra y ajouter un logement pour une brigade de gendarmerie, un Dépôt de sûreté et une halle.

Le 11 mars 1829, un terrible incendie consume à Sissonne, le tiers des habitations.
Le Presbytère et l'Ecole des filles furent brûlés.

De nombreux secours sont envoyés aux incendiés par les communes environnantes.

La révolution de 1830 émut peu les esprits à Sissonne ; celle de 1848 les excita davantage.
Le Maire, M. Dubois. fut révoqué.
Un arbre de la Liberté fut planté Place de l'Hôtel-de-ville.
Trois bataillons de garde nationale furent créés dans le Canton : celui de Sissonne, celui de Liesse et celui de Montaigu.

Le 5 août 1852, M. Laisné fut installé en qualité de Maire à Sissonne. Né à Boulogne-sur-Mer, M. Laisné, ancien capitaine du génie. Directeur de la Comptabilité générale au Ministère de l'Intérieur, Membre du Conseil de perfectionnement des études à l'Ecole polytechnique, auteur de 1'"Aide-mémoire des Officiers du Génie", chevalier de l'Ordre militaire de Léopold de Belgique, plus tard Commandeur de l'Ordre impérial de la Légion d'honneur, et de l'Ordre imérial de Saint-Stanislas de Russie, etc. etc., fut quatre jours plus tard élu Conseiller général du Canton de Sissonne.
Les services qu'il a rendus à Sissonne et au Canton ne seront de longtemps oubliés.
Une vie nouvelle, active, féconde, bienfaisante, sembla animer la Commune. Le premier service qu'il eut à rendre au pays fut de faire rejeter la demande de la Commune de Liesse, qui revendiquait le Chef-lieu de canton.
Il fit ressortir l'importance commerciale de Sissonne. sa position centrale dans le Canton, etc.

A cette époque, voici le chiffre des affaires commerciales de Sissonne :

Toiles et chanvre 300.000 F
Moutons, laines 200.000 F
Chevaux et vaches 50.000 F
Grains (seigle, pommes de terre) 600.000 F
Epicerie, charcuterie, boulangerie 200.000 F
Bois, tourbe, foin 100.000 F
Total 1.450.000 F

II fit entourer le cimetière de murs ; reconstruire 1'Hôtel-de-ville le Presbytère, les Ecoles, le clocher.
Il construisit des routes pour relier Sissonne aux communes voisines et surtout avec la Gare de Saint-Erme ; il fit rendre au Bureau de bienfaisance les biens de l'ancienne Maladrerie, que Louis XIV avait réunis à l'Hôtel-Dieu de Vervins ; il obtint pour le Bureau, une rente que lui avait léguée Mme A. Bruneau, et que les héritiers n'avaient jamais acquittée, etc. etc.
Si les intérêts matériels furent l'objet de ses soins, il est cependant un but plus élevé qu'il ne perdit jamais de vue. et qui donna à son administration un caractère particulier. Ce sont ses efforts pour développer, encourager et maintenir a Sissonne, les grandes idées de respect, d'ordre et de moralité.
Par la hauteur de ses vues, son dévouement au pays, la droiture et la fermeté de son caractère, la bonté avec laquelle il acceuillait les solliciteurs, il a été, pendant 28 ans, pour ses administrés, l'exemple constant de l'homme que rien ne détourne du devoir.

En 1870 les Prussiens parurent à Sissonne le 7 novembre et s'établirent dans une ferme à l'entrée de Sissonne, vers La Selve.
Le 9, deux colonnes, l'une venant de La Selve et se dirigeant vers Laon et Crépy ; l'autre venant de Lappion et se dirigeant vers Corbeny et Soissons, se croisèrent dans les rues de Sissonne, qui eut à subir de lourdes réquisitions en avoine, et en lard, etc.
Ce même jour, dans l'après-midi, un bruit sourd fit trembler le sol. On se demandait avec inquiétude si c'était le canon ; on apprit moins d'une heure après par les Prussiens que la poudrière de la citadelle de Laon avait sauté. On vit alors courir éperdues, dans les rues, au milieu des ennemis menaçants, les femmes des mobiles qui étaient à Laon.
Plus heureux que leurs compagnons du Canton de Rozoy, les mobiles de Sissonne et du Canton échappèrent à la mort ; presque tous revinrent au pays dès le lendemain ; quelques uns repris par les uhlans furent enfermés dans les casemates de la citadelle et y restèrent de longues semaines ; persuadés qu'on ne les en ferait sortir que pour être fusillés.

Les passages de troupes se renouvelèrent souvent à Sissonne surtout après la reddition de Strasbourg, puis de Metz.

En novembre, un régiment de cuirassiers venant de La Fère fit une réquisition de voituriers, et en emmena plusieurs de Sissonne, jusque sous Mézières.
Ces malheureux qui avaient été pris, à peine vêtus, revenant des champs, eurent à souffrir de la faim. de la pluie et du froid ; pendant près d'un mois ; quelques uns avaient pu s'échapper furtivement et étaient revenus à Sissonne.

La Commune eut à supporter des charges de guerre considérable :

Contributions et amendes 4.146 F
Impôt direct 36.992 F
Réquisitions 57.008 F
Dommages 4.860 F
Total 103.006 F

Grâce aux mesures financières prises par M. Laisné, grâce à sa fermeté auprès de l'Autorité supérieure pour réclamer une quote-part équitable dans les secours votés par l'Assemblée, la dette de guerre fut promptement libérée, à la satisfaction de tous les habitants.
Par cela même qu'il demeurait au milieu de ses administrés pour leur venir en aide et les protéger, et qu'il n'imitait pas beaucoup de hauts fonctionnaires, qui fuyaient de ville en ville devant les troupes allemandes, il fut en butte aux insinuations les plus odieuses. Ni l'ingratitude, ni le danger, ni la calomnie, ne le découragèrent.
Il continua jusqu'en 1879, à mettre toute sa haute influence au service du pays.
A cette époque, il crut devoir abandonner la charge de maire, qu'il avait honorée pendant plus d'un quart de siècle.
Il fut remplacé, par M. Desjardin, auquel succédèrent en 1880, M. Matra et en 1882, M. Leleu, qui est encore en exercice.

PERSONNAGES CELEBRES

- Charles de Roucy, évêque de Soissons, fils de Louis de Roucy, et de Jeanne de Blécourt (début du XVIe siècle).

- Guillaume Dupré, statuaire et graveur (1590-1643). Il vivait à la cour d'Henri IV.
L'oeuvre de Dupré, comme graveur de médailles est considérable, et fait l'admiration des numismates et des artistes.
Il sculpta la statue d'Henri IV, qui fut élevée sur le Pont-Neuf en 1635.
Il donnait des leçons de modelage et de dessin au Dauphin (futur Louis XIII).
M. Ed. Fleury a publié sur cet artiste célèbre une notice qui se trouve au Bulletin de la Société académique de Laon. tome XIX.

- Nicolas et Claude de Roucy (vers 1540), deux fils jumeaux d'Henri de Roucy, et si célèbres pour leur ressemblance.

- Henriette de Roucy, fille de Louis II de Roucy, surnommée "la belle Picarde", que ses aventures romanesques, autant que sa beauté, ont rendue célèbre.

ARCHEOLOGIE

Une voie romaine, allant de Nizy au Camp de César (Ninittaci à Bibrax ?), traverse le terroir de Sissonne, au midi. On l'appelle le chemin de Berrieux.

Une voie gauloise ou romaine, d'après M. Amédée Piette, allait de Nizy à Laon, par Sissonne en longeant la forêt de Samoussy. Je crois qu'on aperçoit encore deux tronçons de cette voie, l'un, le "chemin du Thour", arrive près de Nizy, en s'embranchant avec la voie de Nizy à Bibrax ; l'autre, à l'ouest de Sissonne, se sépare de la route actuelle au dessous de Pagneux. Ces deux tronçons sont dans le prolongement l'un et l'autre et dans l'alignement de la rive méridionale de la forêt de Samoussy. Ce sont deux chemins larges et gazonnés. La droite qui les relierait traverserait le Parc de Sissonne et passerait non loin du château. M. Laisné, propriétaire du Parc, croit avoir retrouvé dans les taillis les traces de cette voie, qui aurait été recouverte plus tard par suite de l'agrandissement de cette propriété vers le nord. Si ces conjectures sont fondées, elles expliqueraient pourquoi on a trouvé, en 1854, non loin du tracé probable de cette voie, des vestiges très intéressants d'habitations gallo-romaines, à l'ouest du Parc.

En 1853, on a trouvé à la Croupe-Mansion sur les bords de la voie romaine de Nizy au Camp de César, de larges tuiles à rebords, et des enduits peints, tels que ceux que l'on découvrait à "Clairpuits" (Nizy) à la même époque.

En 1871, sous une couche tourbeuse, profonde d'un mètre, on a découvert à 500 mètres au nord de Sissonne, des cippes mortuaires et des vases funéraires en terre et en verre, reposant sur un sol calcaire.
Ces pierres offrent en relief des personnages, vêtus d'une sorte de manteau, et tenant de la main droite un vase ou une bourse.
Elles sont identiques à celles de Nizy-le-Comte, dont une à 3 personnages se trouve dans la cour du Musée de Laon (voir Bull. de la Soc. acad. de Laon, tome II & XXI).

Il existe un ancien cimetière gallo-romain, près des fermes de Geoffrécourt, qui dépendent de Sissonne : on y a trouvé souvent des cercueils de pierre.
Il en existe un second, au "Mont de Pagneux", à l'ouest de Sissonne. Dans celui-ci aucune trace de cercueil  ; les squelettes reposaient sur le sol la tête sur un grès brut.
Le premier de ces cimetières se trouve contigu à la voie romaine de Nizy au Camp de Saint-Thomas ; le second le serait à la voie de Sissonne à Laon. Tous deux se trouvent sur la pente d'une colline regardant le Nord.
Quand on se place au sommet de la colline qui renferme ce second cimetière, et que l'on jette les yeux à l'ouest, on domine une vallée marécageuse qui termine de ce côté le marais de la Souche.
Cette vallée, longue de 2 km, est resserrée entre un bois et ce chemin gazonné qui se dirige de Sissonne vers la forêt de Samoussy et Laon.

Il existe dans cette vallée, recouverte par une mince couche de terre, des substructionsVestiges de caractère immobilier considérables, formant des murs interminables et d'innombrables enceintes d'habitations. Les casseurs de grés les détruisent lentement ; mais comme ils ne suivent que les fondations et ne déblaient jamais l'intérieur des habitations, il n'a été trouvé jusqu'ici rien qui indique à quelle époque remontent ces constructions.
Il est évident, qu'à une date reculée, cette vallée était habitée par une nombreuse population, qui se sera trouvée obligée d'émigrer quand par suite d'une obstruction du cours inférieur de la Souche, les eaux ont reflué dans ce thalweg.

L' EGLISE

Sissonne ne possède qu'une église.
Le vocable est Saint-Martin, évêque de Tours.
Le patron est célébré le 4 juillet, date de la "Translation des reliques de Saint-Martin".

Le plan de l'édifice est une croix latine. Sa longueur intérieure est de 35 mètres. La largeur de la nef est de 16 mètres, la largeur des transepts, de 25 mètres, celle des bas-côtés de 7 mètres.

Le vaisseau de l'église a été construit à trois époques distinctes et offre trois genres d'architecture bien différents.
La nef est du 12e siècle : des murs pleins, percés d'ouvertures ogivales, la séparent des bas-côtés. Elle paraît pauvre et nue.
Au XVIe siècle, l'église se trouvant probablement trop petite, on en abattit le sanctuaire, pour développer un choeur plus vaste, supporté par quatre arcs doubleaux d'une grande hardiesse, reposant d'un côté sur les pilastres de la nef, et de l'autre, sur deux colonnes d'ordre dorique. Ce choeur et le nouveau sanctuaire, de forme semi-hexagonale, agrandissent l'édifice.
A droite et à gauche du choeur, on ajouta deux transepts, et dans les angles formés par le choeur et le transept, on établit deux chapelles, au nord, celle du Sacré-Coeur, au sud, celle de Saint-Roch.
Au chevet du transept nord est adossé un bel autel en pierre sculptée, dédié à la Sainte-Vierge. Un autel de même genre, dédié à Saint-Joseph, est adossé au chevet du midi.
Toute cette partie de l'église est un mélange de flamboyant et de renaissance.

La nef et le choeur ne sont pas voûtés ; mais le sanctuaire vient de 1'être.
Des vitraux ont été posés récemment.

Le portail a été reconstruit en 1871 : il est surmonté d'une tour carrée supportant un clocher octogonal en pierre.
A la base du clocher se trouvent quatre clochetons avec fleurons .
A droite et à gauche de la porte d'entrée, sont deux tourelles octogonales, à demi-engagées dans le plein du mur.
Le portail forme une baie avec cintre surbaissé, encadré de moulures ornées de feuilles d'acanthe et de chimères qui, en se relevant, vont former un riche fleuron qui va s'épanouir sur une galerie ouverte, reliant les deux tourelles. Au dessus de cette galerie s'ouvre une large baie ogivale, dans laquelle est percée une rosace à huit lobes, qui attend encore sa verrière.

Il n'existe pas de peintures murales dans l'église, si ce n'est une "litre avec armoiries" aujourd'hui cachée sous le badigeaon. Ces "armoiries" étaient reproduites au chevet de l'autel avec d'amples dimensions.

Il ne s'y voit plus de pierres tombales : l'une serait, dit-on, cachée sous le lambris du choeur. Ce serait celle de Joachim de Roucy, seigneur de Sainte-Preuve : elle est rapportée "Histoire de Rozoy", par M. Martin, t. 2, p. 84.
Deux autres, qui avaient été enlevées au moment de la Révolution, viennent d'être retrouvées. L'une servait de tablette de fenêtre, l'autre, d'âtre dans le foyer d'une auberge. Ce sont celles de M. de Béthune et de ses enfants.

L'église possède quatre tableaux d'un certain mérite :
1°) une adoration des Mages, par Jouvenet.
2°) la Sainte-Vierge présentant l'Enfant-Jésus à deux personnages (genre espagnol).
3°) Sainte-Catherine etSainte-Agnès adorant l'Enfant-Jésus sur les genoux de la Sainte-Vierge.
4°) La Sainte-Vierge et l'Enfant-Jésus.
On y voit un ancien tabernacle avec rétable, galerie à jour et personnages, en bois sculpté, délicatement travaillé.

Notes de M. de Florival :

En 1718, la flèche du clocher de Sissonne, était aussi haute que celle du clocher de Cormicy. On 1'a démolie parce que le beffroi périssait. On reconstruisit ce beffroi en 1740, de 15 pieds moins haut ; aussi n'entendait-on plus la cloche du bourg.

En 1764, on a fondu les quatre cloches de Sissonne, pour faire un carillon de trois, qui a bien réussi, quoique les fondeurs aient presque pris la plus grosse à leur profit.
L'une d'elles portait le nom de M. Manteau, comme principal habitant de Sissonne.
Mais ces cloches subirent divers accidents : le 10 septembre 1793, deux d'entre elles furent cassées et amenées au district de Laon. Parmi les trois petites qui restaient, l'une pesait 184 livres et venait des Minimes de Laon.

En 1790, on supprima dans l'église, le mausolée posé dans l'aile gauche du choeur, contre le mur, vis-à-vis la chapelle Saint-Barthélémy, derrière la petite porte par laquelle entrait le seigneur. Entre ce (sic) mausolée était une table de pierre de quatre pieds de hauteur, de huit à neuf pieds de longueur, sur laquelle étaient couchées deux figures en relief de six pieds sur chacun trois pieds de tour, qui représentaient les seigneurs de Sissonne, M. de Roucy, seigneur de Sainte-Preuve, et Dame de Mailly, son épouse ; les noms étaient écrits en lettres gothiques, sans l'année. Cette suppression a été faite parce qu'on a supprimé des bancs aux dépens de la la fabrique.

En septembre 1793, un sieur F... agent, a fait ravager l'église, détruire un autre mausolée sis en la chapelle des seigneurs et jeter bas une croix de pierre, élevée sur le pont au milieu du bourg en 1757, aux frais des sieurs Manteau et Rouillier (Tous ces renseignements ont été puisés dans les papiers de M. Manteau, avoué, à Laon. Cette note se trouve à la page 242 du Cabinet historique de l'Artois et de la Picardie [Abbeville] Ville année, n° 9 de janvier 1894, et ladite note accompagne le travail suivant : "Les Justices subalternes du Vermandois", dont M. Combler, Président honoraire du Tribunal de Laon, est l'auteur : étude publiée dans la Revue ci-dessus désignée. M. de Florival n'a fait que la copie du numéro précité).

(Journal de l'Aisne, du 7 mai 1895) - Dans une notice sur les Artistes laonnois, contemporains des Lenain, par M. Grandin, artiste-peintre à Laon, on lit : NICOLAS BELLOT. peintre ordinaire de la chambre du Roi, et Syndic de l'Académie, conclut le 5 juin 1641 avec les Religieuses de l'Hôtel-Dieu, un marché par lequel il promettait de "dorer d'or brung tout ce qui est de relief au tabernacle appartenant aux dites mère, filles et religieuses ; faire en iceluy cinq figures de bois, en bosse, et les dorer comme le reste dudict tabernacle de grandeur proportion qu'il conviendra pour les niches du tabernacle ; faire le champ d'iceluy de brun rouge semblable à celuy des pères capucins du dit Laon. Et faire les niches au fond dasur, l'orner descailles d'or le tout de bois comme de bonnes couleurs de peinture. Et faire en platte peinture les quatre évangélistes, dans les places quarrées, etc... moyennant la somme de 150 livres tournois."

La description ci-dessus ne s'applique pas mal à un tabernacle ancien qui se trouve dans l'église de Sissonne, sur l'un des deux tombeaux d'autel, donnés à ladite église par M. Manteau, de Laon, dont la famille était originaire de Sissonne. M. Manteau aurait-il aussi donné ce tabernacle à cette église?

Il n'y a pas de chapelles isolées à Sissonne, mais on sait qu'autrefois il en existait une, entre la Maladrerie et le village. Elle était dédiée à Saint-Roch.

Sissonne possédait une Maladrerie. On ignore la date de sa fondation. Elle était située à 2 km au nord du bourg.
En 1695, Louis XIV la réunit à l'Hôtel-Dieu de Vervins, qui devait huit lits pour les malades indigents de Sissonne. Jamais Sissone n'avait profité de cette disposition ; aussi, en 1858, le Bureau de bienfaisance de Sissonne revendiqua-t-il énergiquement les biens de la Maladrerie. ce ne fut pas sans difficultés qu'il obtint que ces biens seraient vendus et que moitié du produit de la vente lui reviendrait. Il obtint ainsi près de 50.000 francs.

Il n'y a rien à signaler dans le cimetière.

Près de la chapelle Saint-Roch se trouvait une fontaine dont les pèlerins buvaient l'eau, pour se préserver des maladies épidémiques : peste, choléra, etc. On a retrouvé des vestiges de cette fontaine récemment.

Il n'existe pas d'arbre célèbre sur le terroir de Sissonne.

LE CHATEAU

Le château féodal a été détruit en 1360 (voir plus haut). Son emplacement s'appelle "le Désert".

Trois autres châteaux de plaisance ont été construits, puis démolis, au sud de Sissonne.
Le premier, en 1565. par Nicolas de Roucy.
Le second,
Le troisième, en 1706, par François Blondel.

Un quatrième château a été construit, dans le parc, en 1858, par M. Laisné, ancien capitaine du génie, auteur de 1'"Aide-mémoire des officiers du génie", et Directeur en retraite au Ministère de l'Intérieur.

LES ARCHIVES

Il n'y a pas à Sissonne d'archives paroissiales.
Les minutes des notaires remontent à 1670, et n'offrent rien de remarquable.
Celles de la Mairie ne présentent d'intéressants que les Registres de l'état civil, qui datent de 1598, et les Registres des délibérations du Conseil municipal.

Les premiers ne se contentent pas de relater les naissances, mariages et décès, le curé-rédacteur y mentionne les événements historiques de l'époque : assassinat du roi Henri IV. Assassinat du Maréchal d'Ancré, passages des troupes, pillages, incendies, etc.
Les seconds, très bien tenus, peignent admirablement la situation des esprits avant 1789, pendant la période révolutionnaire, l'empire, etc. etc.

M. Laisné. ancien Maire de Sissonne, m'a fait compulser tous ces registres avec soin, et avec les notes que j'en ai extraites et celles qu'il a recueillies de toutes parts sur Sissonne, il a dressé le "Mémorial de Sissonne". C'est l'histoire de ce Bourg jusqu'aujourd'hui. Il en a donné un bel exemplaire manuscrit, solidement et élégamment relié, aux archives de la Mairie.
Ce travail est un résumé du "Mémorial" qui m'a coûté vingt ans de travail.

LES ECOLES

En 1738 Lefebvre était Maître d'école à Sissonne. Plusieurs membres de sa famille y ont, après lui, exercé les mêmes fonctions .

Il n'y avait pas alors d'Ecole de filles, mais aussitôt que l'Assemblée communale eût été constituée par le règlement du 25 juin 1787, elle conçut le dessein d'en créer une à Sissonne. Le seigneur, M. de Béthune-Hesdigneul, qui faisait partie de droit de l'Assemblée, et pouvait s'y faire représenter par un mandataire, offrit le terrain pour l'emplacement du local, et une subvention annuelle de 300 £. La Commune vota 1050 £ pour la dépense et 400 £ pour compléter le traitement chaque année, et en plus, une portion de marais pour jardin.
L'Ecole aurait été confiée à des religieuses.
Les événements politiques qui survinrent presque immédiatement empêchèrent la réalisation de ces projets : l'Ecole des filles ne fut pas fondée, et celle des garçons ne tarda pas à se fermer.

En l'an II, un concours eut lieu à Sissonne pour le choix d'un Maître d'école ; il ne donna pas de résultat. Cependant l'année suivante, le 13 ventôse, François Gardet fut installé en cette qualité ; il n'exerça pas longtemps. Une dame Vandermonde s'était offerte pour instruire les petites filles, mais elle ne fut pas agréée.

En l'an VII, l'école des garçons était fermée depuis longtemps, et les pères de famille réclamaient un maître d'école.
Pour répondre à leurs voeux Etienne Fouan ouvrit une classe ; mais le 25 vendémiaire, il fut suspendu de ses fonctions pour cause d'incivisme.

Cinq ans plus tard, les habitants renouvelèrent leurs plaintes : "les jeunes gens partis pour l'armée, ne sachant écrire, ne pouvaient donner de leurs nouvelles à leurs familles".

La Municipalité avait décidé d'accepter à la place de maître d'école à Sissonne, un sieur Coudrai, de Berrieux, mais après réflexion, il préféra rester à Berrieux.

C'est seulement en 1805 que l'école fut définitivement ouverte.

Philippe Martin Mahue, instituteur à Outre, fut installé en l'Ecole de Sissonne. Il était à la fois Maître d'école et clerc-laïc. Il exerça jusqu'en 1837.

En 1837, après la démission de M. Mahue, le Conseil municipal fit choix d'un Elève de l'Ecole Normale de Laon, M. Dubreuil Joachim, pourvu d'un brevet supérieur. Il ne fut ni clerc-laïc, ni greffier. Pendant les 18 années qu'il exerça à Sissonne, M. Dubreuil mérita, par les succès qu'il obtint dans sa classe, les félicitations et les récompenses de l'autorité supérieure.

Un sieur Geoffroy voulut en 18. 3 fonder à Sissonne, un petit pensionnat privé ; mais il ne put se maintenir.

Ce n'est qu'en 1822 qu'une Ecole de filles fut enfin fondée à Sissonne. La direction en fut confiée à une religieuse de la Providence, de Laon, Soeur Désirée.
Elle exerça jusqu'en 1861. et son nom est encore acceuilli avec vénération par les habitants de Sissonne.
C'est elle qui fut la maîtresse, à Sissonne de Mme Sainte-Lucie (née Bécret) Supérieure générale de la Communauté de la Providence, de Laon.

L'Ecole des filles fut installée dans une maison, achetée à la famille Lannois, rue de la Ville.
Celle des garçons était située, rue de Laon, au nord de l'Hôtel de Ville.

La salle d'école n'était qu'une ancienne grange, appropriée pour son nouvel emploi : elle tomba de vétusté en 1860.
On fut forcé de la raser et, sur son emplacement, on construisit l'Ecole actuelle avec logement pour le Maître.

La Maison d'Ecole comprend au rez-de-chaussée, deux salles de classe, et deux pièces pour l'Instituteur.
Les Salles de classe sont bien éclairées au nord et au midi ; elles ont 10 mètres de long. l'une a 5 mètre 60 et l'autre 6 mètres 40 de largeur.
Le corps de table en comprend 8 dans la grande classe et 6 dans la petite. Elles sont pourvues d'estrades, tableaux noirs, cartes géographiques, tableaux d'histoire de France, d'un Musée scolaire et d'une bibliothèque, etc. etc.
Un corridor les sépare du logement de l'Instituteur, qui se compose d'une cuisine et d'une salle de travail. Au 1er il dispose de quatre belles places ; un dortoir de 10 m de long sur 8 de large se trouve au dessus des classes.

La cour de l'Ecole se trouve au midi, elle est plantée du côté de 1'Hôtel-de-ville de deux rangées de tilleuls ; à l'ouest se trouvent un fournil, un bûcher et les cabinets d'aisance.

Cette construction a coûté 25.000 F.

Le jardin de l'Instituteur se trouve à 600 m de son habitation.

La maison des Religieuses institutrices fut reconstruite en 1869.
Elle ne comprend pas les salles d'école.
Elle se compose, au rez-de-chaussée, de 4 places, séparées deux à deux par un corridor, qui s'ouvre sur un large chartil ; à gauche, un parloir et une cuisine ; à droite, un salon et l'office. Au premier, 4 places pour les Maîtresses, un oratoire, et un vaste dortoir.

En 1880, il fallut reconstruire les classes.
Elles comprennent trois salles, séparées du logement des Dames par une cour ; la grande classe, au midi, est séparée des deux autres par un corridor. Les deux petites classes, au nord. Longent la rivière, et se relient au logement des Dames par une galerie couverte, sur laquelle s'ouvrent un cellier et une buanderie.

Un jardin de 7 ares est contigu à l'Ecole, au couchant.

Ces constructions ont coûté 44.000 F.

L'Institutrice actuelle est Mme Douce (en religion Soeur Sainte Agnès). Elle est à Sissonne depuis 1876.
Ses Elèves depuis 4 ans, ont obtenu des succès aux examens du Concours cantonal et du Certificat d'études.

M. Callay succéda à M. Dubreuil en 1855, comme Instituteur public à Sissonne. Il est encore en exercice.
Un adjoint lui fut donné en 1864.

L'Ecole compte 122 élèves au maximum.
Elle est assidûment fréquentée, si ce n'est en juillet et août, pendant la moisson, car la population de Sissonne est surtout agricole.

M. Dubreuil prépara quelques élèves pour l'Ecole Normale.
M. Callay en fit recevoir aussi plusieurs tant au Brevet d'Instituteur qu'à l'Ecole Normale, dans le Notariat et quelques administrations publiques.
Chaque année, depuis l'institution des Concours cantonaux et du Certificat d'études, l'Ecole des garçons a obtenu des succès.



Encore merci à Monsieur Sureau ...


Compléments

Paul Abel CALLAY

Né le 23 janvier 1828 à Vigneux-Hocquet de Edvremond et Eugénie Prévot.
Instituteur public à La Selve en 1848 puis à Sissonne à partir de 1855.
Officier d'Académie (ancienne dénomination des Palmes Académiques).
Marié le 17 mai 1848 à Montaigu avec d'Introuz-Coste Rosine Clotilde, couturière, née à Montaigu le 29 novembre 1821, décédée le 11 avril 1897 à Sissonne. Il eurent 4 enfants vivants :
Enfant sans vie né le 10 juillet 1849 à La Selve.
Enfant sans vie né le 22 août 1850 à La Selve.
Marie clotilde Adélaïde née le 10 août 1855 à Sissonne.
Abel Paul Marie né le 29 janvier 1857 à Sissonne, y décédé le 18 octobre 1857.
Abel Alphonse Marie né le 29 septembre 1589 à Sissonne, professeur à l'institution Saint-Joseph à Vervins.
Marie Joseph Henri né le 30 septembre 1865 à Sissonne, professeur au séminaire Saint-Léger à Soissons.
Décédé le 9 juillet 1898 à Sissonne.

Site intéressant pour des renseignements complémentaires :

Impôts seigneuriaux

Mise en page : Marc Berriot



Je veux compléter / corriger cette page par courriel
© Site du Club Informatique Ademir. Dernière modification le 18/02/2016 à 11:19