C\
Le camp militaire de « Sissonne »

L'aviatrice Madeleine Larquet

Madeleine Larquet

Monument de l'aviatrice Madeleine LARQUET au camp de Sissonne.

Le Courrier de l'Aisne, samedi 22 Août 1931.

Un pénible accident au camp de Sissonne.

Courrier de l'Aisne : extrait
Descendue d'un avion au cours de l'ouragan de mercredi soir, une femme est entraînée par son parachute qui s'était ouvert brusquement, dans un bois situé à 600 mètres de là où elle se fracture le crâne - La mort est instantanée.
On sait que mercredi soir un violent orage se déchaînait sur la région de Laon y causant de nombreux dégâts et arrêtant même les trains. Or vers 18 heures, M. Pierre Collin, pilote civil, directeur de la Coopérative agricole « L'Aisne » à Soissons et y demeurant rue Molière 26 revenait en avion d'Aubenton et regagnait Soissons. Se trouvant à quelques kilomètres du terrain d'aviation du Camp de Sissonne, le pilote vit venir à l'horizon un ouragan. Pour l'éviter, par mesure de prudence, il décida d 'atterrir immédiatement sur ce terrain d'aviation. L'atterrissage se fit normalement. Le pilote arrêtant son appareil et son moteur se préparait à descendre. A ce moment l'ouragan se déchaîna brusquement. Le pilote dit alors à sa belle-soeur, Mme Lebeau née Madeleine Larquet qui était sa passagère : « Descendez, car le vent pourrait entraîner l'appareil ». celle-ci descendit immédiatement, mais malheureusement avec son parachute sur le dos. Poussée par le vent, elle fit quelque pas et la corde d'ouverture du parachute tenue à la fois sur l'avion et sur le parachute se tendit et se dernier se déploya. Mme Lebeau fut arrachée du sol par un vent de 120 kilomètres à l'heure.
Le pilote Pierre Collin
Pierre Collin
Un bois se trouvant à 600 mètres arrêta le parachute, mais le choc de la tête de Mme Lebeau contre un arbre fut si violent qu'il causa sa mort instantanée.
Une enquête fut faite immédiatement par la gendarmerie et démontra que le pilote ne commit aucune faute, ni de pilotage, ni de prudence : seule la fatalité est cause de ce douloureux accident.
La violence du vent était telle que deux hangars de l'aviation du Camp furent jetés par terre. Mme Lebeau âgée de 28 ans, demeurait à Pau où les siens auront été prévenus avec tous les ménagements d'usage. Son corps a été amené à Laon mercredi soir vers 21 heures et déposé à l'Hôtel-Dieu pour être ensuite transféré chez Madame Macon, rue du 13 octobre, une amie de la famille Collin.
Madame Lebeau était née le 16 septembre 1902, à Signy-le-Petit (Ardennes). Elle était la fille de M Larquet, ancien notaire de Vervins.

 Courrier M LARQUET

1er septembre 1931 - Courrier de Jean LARQUET, Notaire.

Mon Général,

Je viens d 'avoir la douleur de perdre le 19 Août ma soeur bien-aimée dans un affreux accident survenu au Camp de Sissonne.
Ma soeur revenait à la fin de l'après-midi d'AUBENTON à SOISSONS dans un avion de tourisme piloté par son beau-frère quand celui-ci vit venir devant lui un orage. Se trouvant alors au-dessus du terrain de Sissonne, il y atterrit par prudence et descendit pour tenir son appareil, disant à ma soeur d'en faire autant. Malheureusement, elle oublia de dégrafer la ceinture de son parachute et la corde de celui-ci fonctionnant trop bien fit ouvrir le mécanisme, et la tornade (celle-là même qui renversa les deux hangars du Camp) l'emporta à une vitesse foudroyante jusqu'aux bouquets d'arbres situés à l'autre extrémité du terrain, où sa tête vola en éclats au pied d'un petit bouleau.
En souvenir de ma chère morte, je voudrais bien poser une petite pierre avec son nom et la date à l'endroit où elle a cessé de vivre, c'est-à-dire au pied de cet arbre. Je viens donc vous demander par la présente cette cette autorisation. Je ne pense pas que cette pierre, qui serait de la dimension d'une borne de route, puisse être une gêne sur ce terrain puisqu'elle serait placée au pied de cet arbre.
L'autorité militaire n'aurait bien entendu qu'à me la faire enlevée au cas où on ferait disparaître ce bois pour un agrandissement du terrain.
J'ose croire, Mon Général, que vous voudrez bien m'accorder cette mince consolation qui me permettra un douloureux pèlerinage chaque fois que je passerai à cet endroit, et je profite de cette occasion pour vous dire combien j'ai été touché par les attentions et le coeur de vos officiers et sous-officiers au moment de cet affreux accident.
Je vous prie de croire, Mon Général, à mon respectueux dévouement.

Signé : Jean Larquet.

Courriers émanant de l'Armée

Le 15 septembre 1931 - Réponse du Colonel Lemaire

Le colonel Lemaire, commandant du Camp, à Monsieur le Lieutenant-Colonel, Chef du Génie à Laon,

Comme suite à la demande de Monsieur LARQUET, notaire à Braisne (AISNE), le Colonel Commandant le Camp ne voit aucun empêchement à ce que Monsieur LARQUET soit autorisé à faire élever une pierre commémoratrice à l'endroit où sa soeur a été victime d'un accident le 19 Aout.
Le commandant n'envisage pas d'aménagement à exécuter sur l'emplacement futur de la pierre. Le Procès-Verbal de concession peut contenir une clause stipulant que Mr LARQUET et les membres de sa famille auront l'entrée libre dans le CAMP.

Signé : Lemaire

Le 24 septembre - Courrier du Lieutenant-Colonel DURANT, Chef du Génie.

A Monsieur le Ministre de la Guerre, 4° Direction, 2° Bureau à Paris,

Carte annexée à la lettre.
Laon le 24 septembre 1931,
RAPPORT du Lieutenant-Colonel DURANT, Chef du Génie transmissif d'une demande de M. J. LARQUET, tendant à obtenir l'autorisation de poser une pierre commémorative dans le Camp de SISSONNE.
Par lettre ci-jointe, en date du 1er septembre 1931 (transmis par le lieutenant-colonel Directeur du Génie le 9 septembre 1931, sous le 7369), Monsieur J. LARQUET, Notaire à Braine, (Aisne) demande l'autorisation de poser une petite pierre commémorative, au pied d'un arbre dans le Camp de Sissonne, en souvenir d'un accident mortel d'aviation, survenu le 19 Août 1931, à Madame LARQUET, sa soeur.
L'emplacement de cet arbre est indiqué au croquis ci-annexé.
Par lettre du 15 Septembre 1931, dont copie ci-jointe, le Colonel Commandant d'Armes du Camp de SISSONNE, déclare ne voir aucun empêchement à cette édification.
Par ailleurs, aucun travaux d'aménagements futurs ne sont à prévoir à l'emplacement désigné. L'arbre se trouve en lisière d'un bois, en dehors du terrain d'atterrissage de secours, ainsi que des pistes et champs de tir, et n'occasionne aucune gêne aux exercices effectués dans le Camp.
Le Chef du Génie a l'honneur de demander l'autorisation d'établir un procès-verbal constatant la concession temporaire sans redevance de l'emplacement de la borne à Monsieur J. LARQUET et transmet le présent dossier avec un avis nettement favorable.

Vu et Transmis avec avis favorable à une concession temporaire à durée illimitée, à titre précaire et révocable , sans redevance.

AMIENS, le 25 septembre 1931, le Lieutenant-Colonel DELETOILLE, directeur du Génie.

APPORT N° 3763 du 24 septembre 1931, transmissif d'une demande de M J. LARQUET, tendant à obtenir l'autorisation de poser une pierre commémorative dans le Camp de SISSONNE.

« Vita mutatur, non tollitur»la vie n'est point enlevée, elle n'est que changée. (saint Augustin)
5031 /4 TRANSMIS à Monsieur le MINISTRE DE LA GUERRE, 4ème Direction-2ème Bureau.

PARIS.

AVIS FAVORABLE.

AMIENS le 28 septembre 1931, le Général commandant la 2ème Région.
Signé : MAITRE

DECISION DU MINISTRE.

Autorisation accordée.

N° 8778 S.G./4 - Communiqué pour exécution à M le Directeur du Génie à AMIENS S/C de M le Général commandant la 2ème Région
à Amiens.

PARIS, le 9 novembre 1931,

POUR LE MINISTRE ET PAR SON ORDRE
POUR LE GENERAL DIRECTEUR DU GENIE
LE COLONEL ADJOINT
SIGNE : CHARITE

Situation dans le camp
N° 5716 /4 PRIS CONNAISSANCE ET TRANSMIS POUR EXECUTION à
M le Lieutenant Colonel Directeur du Génie de la 2ème Région

à AMIENS

AMIENS, le 12 novembre 1931,
le Général commandant la 2ème Région,

P.O le chef d'Etat-major
Signé : COLLIN

N° 8620 PRIS CONNAISSANCE ET TRANSMIS POUR EXECUTION
à M le chef du Génie de Laon

AMIENS, le 14 novembre 1931
le lieutenant-colonel DELETOILLE, directeur du Génie


 

Mme Collin suivie de sa soeur Madeleine
En blanc : Pierre Collin vérifiant son avion

Située dans le camp militaire, cette stèle est accessible sous réserve d'une autorisation des autorités militaires


Retour page principale : Les monuments du camp..

 

Recherches : JF MARTIN

Mise en page : Marc BERRIOT - PH

 


Je veux compléter / corriger cette page par courriel
© Site du Club Informatique Ademir. Dernière modification le 14/12/2015 à 18:49