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Les personnalités remarquées par « Adémir »

René Fleury (1893-1944)

Alors que dans tout l'Hexagone les soldats du feu fêtent leur sainte patronne, Jacques Avez, commandant honoraire, ancien Chef de Corps des Sapeurs-Pompiers de Sissonne, évoque une figure locale dont la « conduite héroïque et le dévouement » inspirent un respect légitime.

 

René Fleury 1937

L'adieu de Noël du lieutenant Fleury

Chef de Corps des Sapeurs-Pompiers 1937

Le 25 décembre 1944 René Fleury, Chef du Corps des Sapeurs-Pompiers de Sissonne, quittait un monde cruel dans la misère d'un camp de la «Mort lente».

René Fleury était né le 17 janvier 1893, à Thillois, dans la Marne où son père était instituteur.


La guerre de 14-18

Mobilisé dès le début des hostilités, il est fait prisonnier lors de la prise de Longwy et s'évade au Luxembourg. Il y vit pendant deux ans dans une demi-clandestinité avant d'être dénoncé par une Luxembourgeoise. Il sera arrêté et interné en Allemagne au camp de Königsbrück, en Saxe.

René Fleury au camp de Kônigsbrück




Les allemand organise l'envoi de photos en belle tenue, mais sans aucun commentaire, afin de montrer que les prisonniers sont bien traités.


1918 - au camp de Königsbrück

Il tente quatre fois de s'évader en vain avant d'être enfin libéré et de regagner Sissonne en 1919.

Il s'installe à Sissonne comme artisan-plombier et commerçant en quincaillerie.

Il entre au corps de sapeurs-pompiers de Sissonne en 1920, chargé de son commandement en 1934 il fut nommé lieutenant.

Aux élections des 5 et 12 mai 1935, il est élu au conseil municipal.
Le 3 avril 1941, démission du conseil municipal par le gouvernement de Vichy suite au absences de prisonniers et de non retours d'exode. Le 5, création d'une "délégation spéciale" en remplacement du conseil municipal. René en fait partie.


Pendant la seconde guerre mondiale

Il organisera une filière d'évasion à partir de la Belgique. Sissonne se trouvant en zone interdite, René Fleury fait franchir la ligne de démarcation près de Neufchâtel-sur-Aisne, à de nombreux prisonniers français évadés qui désiraient rentrer chez eux, en zone dite Libre. Des aviateurs alliés abattus au cours de missions aériennes en bénéficièrent également ainsi que des jeunes gens, à partir de février 1943, peu désireux de se plier au S.T.O.

Au sein du réseau « Musician Tell »

Contacté en janvier 1943 par le « Spécial opération executive », il est versé à la « French Section » dirigée par le colonel anglais Maurice Bùckmaster et intégré au réseau « Musician Tell », branche action qui couvre une partie de la Picardie et de la Normandie. Il perçoit alors des explosifs et du matériel en vue d'actions de destruction. Le tout est caché dans les Marais de la Souche, près de la Montinette. Ces armes seront ensuite immergées, après son arrestation, par Maurice Plumet et son fils Georges.

Le 15 décembre 1943, il est présent à la séance du conseil municipal... C'est la dernière fois.

A la suite du démantèlement du réseau « Musician Tell » par le SD allemand, il est arrêté le 22 janvier 1944 à Reims, alors qu'il se trouve dans une clinique, rue Noël, pour y subir une intervention chirurgicale. Transféré à l'Hôpital de la Maison Blanche, il y reste sous surveillance jusqu'au début du mois de mars. Il sera alors conduit à la prison de Saint-Quentin pour y être interrogé par la Gestapo.

Condammé et déporté

En avril 44, il passe en jugement devant un tribunal militaire et est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Acheminé sur le camp de Royalieu-Compiègne, il fait partie du convoi de la mort du 21 mai 1944 et se trouve interné au camp de représailles de Hambourg-Neuengamme.

Le convoi du 21 mai 1944 est parti avec 2004 hommes vers le camp de Neuengamme. Il s'agit du premier grand transport vers ce camp, qui est devenu la principale destination de déportation à partir de mai 1944. Le trajet est marqué par un arrêt en gare de Weimar.

Deux catégories de prisonniers se distinguent dans ce convoi. Certains sont arrêtés entre 1940 et 1942. Ce sont des militants communistes de la région parisienne et du Nord-Pas-de-Calais, internés à Voves puis transférés à Compiègne. Les autres déportés de ce convoi sont arrêtés entre mars et avril 1944, soit trois mois avant leur déportation. Ces derniers appartiennent à différents réseaux de Résistance. D'autres sont victimes de rafles de représailles effectuées notamment dans le Jura le 9 avril 1944 et dans les Landes le 21 avril 1944. Quelques étrangers font partie de ce convoi, en majorité des hispaniques.

Les prisonniers de ce convoi répondent à des impératifs économiques et militaires allemands. Trois transferts importants ont été effectués de Neuengamme pour des besoins de main d'œuvre : deux cent vingt-trois détenus sont envoyés à Watenstedt, quatre cent vingt-neuf à Fallersleben et cent quatre-vingt neuf à Bremen-Farge. Les autres détenus du convoi du 21 mai 1944 rejoignent des Kommandos ou d'autres camps de concentration comme Sachsenhausen et Natzweiler.

Voir la liste des prisonniers du transport du 21 mai 1944.

Voir un historique du camp de Neuengamme

Le texte
L'adresse au verso :Me Fleury
	à Sissonne aisnePrière faire parvenir. Merci



Ce message de 1944 aurait été jeté du train qui l'emmenait en allemagne et serait malgré tout parvenu à sa famille :

Je pars pour l'allemagne ne vous faites pas
de mauvais sang. Bientôt je serai de retour
et tout va bien pour moi en ce qui concerne
la santé ...


Il y mourra le 25 décembre 1944.

Sa carte d'immatriculation

Après la guerre

Le 12 octobre 1944, ordre de réinstallation du conseil municipal d'avant 1939. René est noté "actuellement déporté en Allemagne". Le conseil municipal est complété par des prisonnier rentrés ou des femmes de prisonniers : Mme Fleury est appelée à siéger. Elle restera au conseil jusqu'en avril 1953.

Lors de la séance 7 juillet 1945, M. Laurent propose qu'une plaque à la mémoire de M. René Fleury soit apposée dans la salle du conseil municipal.

Reconnu à titre posthume comme agent P2, assimilé au grade de sous-lieutenant, il a reçu à titre posthume la Croix de guerre 1939-45 (décret du 12 mai 1948), la Croix de chevalier de La Légion d'Honneur (décret du 5 mai 1950), la Médaille de la Résistance (décret du 4 octobre 1954).

Harmonie municipale 1922
René Fleury debout à droite

Une place à son nom.

Comment la ville pouvait-elle rendre hommage à René Fleury ? Lui donner le nom d'une rue ? Mieux ! celui d'une place.
Il fut décidé de rebaptiser la place de la "petite Roize", celle où se situe le monument en l'honneur des morts pour la patrie.

Elle s'appelle à présent "Place René Fleury".

 

 


Sources : Jacques Avez
et les 3 petits-enfants de René Fleury : Marie-Christine,Thierry, et Sylvie

Mise en page : P.H.


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