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Les personnalités remarquées par « Adémir »

Histoire d'Henriette de Roucy-Sissonne
la Belle Picarde

Le château de Pinon, plusieurs fois rebâti depuis Enguerrand II, fut, en 1678, le théâtre d'un drame sanglant qui eut à cette époque un grand retentissement dans la contrée.

Il était alors habité par le comte de Lameth et sa pupille Henriette de Roucy-Sissonne, surnommée la belle Picarde, à cause de l'agrément de sa personne et de la distinction de son esprit.

Orpheline dès l'âge de quinze ans, son tuteur, bien que touchant a la vieillesse, n'avait pu la voir sans se prendre pour elle d'une vive affection qu'il cherchait en vain à lui faire partager; et excité par la jalousie, il la cachait à tous tes veux dans son château, espérant que l'isolement et l'ennui la détermineraient à lui accorder sa main.

Mais la belle Henriette, dans les rares moments de liberté où il lui avait été permis de voir le monde, avait distingué un jeune seigneur de la cour, dernier rejeton d'une illustre famille. Charles Amadieu, marquis d'Albret, capitaine à l'armée commandée par le maréchal de Schomberg-, avait su toucher son cour, et la seule consolation de la comtesse de Roucy, dans sa triste captivité, était de lui écrire de longues lettres d'amour où elle appelait de tous ses voux le moment qui devait les rapprocher et briser les chaînes odieuses dans lesquelles elle gémissait.

Cependant, cinq années s'étaient écoulées, et le comte de Lameth ne voyait pas finir la résistance que sa pupille apportait à ses desseins. Ses longs refus lut ouvrirent les yeux ; il comprit enfin qu'un motif caché, sans doute une affection secrète, en était la cause, et il appliqua tous ses soins à le découvrir. Il parvint alors à saisir la correspondance des deux amants et à se convaincre que sa belle pupille, en donnant son cour à un autre, lui avait voué a lui-même une haine éternelle.

Cette découverte le transporta de fureur, et il résolut de se venger d'une manière terrible de l'imprudent qui traversait ses projets et détruisait ses rêves de bonheur. Il fit donc venir Henriette dans sa chambre, et la força, sous les plus horribles menaces, de donner à son amant un rendez-vous dans le parc de Pinon, pour l'une des nuits suivantes. La comtesse de Roucy voulut en vain résister, il lui fallut céder ; mais elle ne le fit pas sans se promettre d'avertir en secret le marquis qu'on lui tendait un piège, et même sans espérer que cette entrevue, si elle avait lieu, pourrait devenir le signal de sa délivrance.

Vain espoir ! Le seigneur de Pïnon avait pris toutes ses mesures pour assouvir sûrement sa vengeance. Afin d'inspirer plus de sécurité aux deux amants, et pour ne pas paraître tremper dans la scène de meurtre qui se préparait » il partit à la vue de tout le monde pour se rendre à Laon où il prétexta quelques affaires.

Cependant, le jeune marquis d'Albret avait reçu la missive d'Henriette, et il accourait en toute hâte, le cour plein d'amour et d'espérance. Il ne soupçonnait aucune embûche, car la contre-lettre que lui avait écrite son amante pour le conjurer de ne point se trouver à ce rendez-vous et de se tenir en garde, interceptée par le comte de Lameth, ne lui était pas parvenue. Néanmoins, comme il connaissait l'esprit soupçonneux et le caractère farouche du seigneur de Pinon, il jugea prudent de s'armer d'une paire de pistolets. Ces précautions prises, il se crut à l'abri de tout danger, et aussitôt que les derniers rayons du soleil se furent éteints à l'horizon, il s'avança résolument vers le château de Pinon, l'imagination enflammée par la perspective du bonheur qu'il se voyait sur le point de goûter.

Charles d'Albret avait à peine fait quelques pas dans le parc, qu'un homme armé se précipita sur lui, en criant : au voleurs ! D'AIbret le renversa mort à ses pieds d'un coup de pistolet. Mais au même temps, deux autres individus se présentèrent, et avant qu'il ait eu le temps de se mettre en défense, déchargèrent sur lui les fusils dont ils étaient porteurs, et l'étendirent sans vie sur ta poussière.

La belle Henriette, confiante dans la contre-lettre qu'elle avait envoyée à son amant, était loin de soupçonner ce qui se passait. En proie néanmoins à un vague sentiment de tristesse, elle regardait de sa fenêtre disparaître les derniers rayons du jour ; elle se disait, en voyant les ombres de la nuit s'épaissir, que cette journée ne verrait point encore briser ses chaînes, et elle se demandait quand et par quels moyens elle pourrait enfin recouvrer sa liberté. Son esprit s'égarait parfais dans des rêves de bonheur : elle se représentait cette liberté chérie, cet éclat du monde où elle était destinée à briller, où elle devait jouir des suffrages si bien dus à son mérite et à sa beauté ; elle se représentait le bonheur d'une union avec l'amant de son cour ; ces longues années de calme et de tranquillité qu'elle devait passer auprès de lui ; mais ces riantes images étaient bientôt effacées par la triste réalité, et il ne restait plus devant ses yeux qu'un présent insupportable et un avenir plus insupportable encore par la perspective d'une alliance odieuse.

Plusieurs coups de feu, éclatant presque sous ses fenêtres, la tirèrent tout-à-coup de la profonde rêverie où l'avaient plongée ces tristes pensées. A ce bruit sinistre et inattendu, Henriette se sentit près de défaillir ; et mue par un affreux pressentiment, elle s'élance dans te parc sans se donner te temps de s'informer de la cause de ce bruit, sans s'inquiéter des dangers qu'elle pouvait avoir elle-même à courir. Au détour d'une allée, son pied heurte le corps d'un homme étendu sans mouvement: elle se précipite sur lui, et malgré les ténèbres, elle reconnaît le marquis d'Albret, la poitrine percée d'une balle, par le trou de laquelle s'échappaient des flots de sang. En vain, elle veut étancher ce sang qui l'inonde ; en vain, elle veut rappeler à la vie, par de brûlants baisers, le cadavre encore chaud de son amant ; ses efforts sont superflus, et le brillant marquis, qui un instant auparavant était encore plein de vie, d'amour et d'espérance, garde l'immobilité de la mort sous les étreintes passionnées de l'objet de son amour. Enfin, accablée par ces efforts, la belle Henriette s'affaissa à son tour, et tomba évanouie près du corps inanimé de son amant.

Les domestiques de la maison, qui au bruit des coups de feu s'étaient empressés d'allumer des flambeaux et de parcourir les jardins, la trouvèrent peu d'instants après dans cet état ; ils la transportèrent au château, où revenue à elle, elle tomba dans un délire pendant lequel elle ne cessait de demander son amant. Le lendemain, devenue plus calme, elle exigea d'être conduite dans un couvent à Laon, pour y pleurer sans témoins et sans trouble celui qu'elle avait tant aimé. Néanmoins, au bout de trois mois, ses larmes étaient séchées, et elle consentait à devenir comtesse de Lameth, dame de Pinon, de Bayencourt et autres lieux.

Quant au seigneur de Pinon, il n'y eut qu'une voix pour l'accuser du meurtre du jeune d'Albret, et la famille de ce dernier le poursuivit par devant le parlement de Paris. Il s'échappa par la suite en passant en pays étranger, et, pour sauver sa fortune compromise , il se hâta de vendre sa terre de Pinon à M. Thomas Dubois de Villers, vicomte de Courval, conseiller du roi et président au parlement de Paris.

 

Source : Extrait de Histoire de la ville et des Sires de Coucy-le-Château par Mn Melleville (1848)

Le château de Pinon avant 1914

l'histoire de "La Belle Picarde" est parue dans un livre de la Comtesse DASH publié en 1860 intitulé "Le Salon du Diable"
Ce livre est numérisé par la B.N.F.

 

Son mariage

Le septième jour de novembre de l'année 1673, par Monseigneur
Charles de Bourbon Evesque de Soissons ont esté solennellement Mariés
dans l'église et paroisse St Martin à Sissonne Messire Claude
François de la metz de la paroisse de pinon diocèse de Soissons agé
de vingt & un ans fils de Messire françois de la metz et de deffunte
Dame Jeanne françoise de la Metz ses père et mère Seigneur de
pinon, & Demoiselle Henriette de Roucy de cette paroisse agée
dix huit ans fille de Messire Louis de Roucy..
Dame Claude de Mailly ses père et mère Seigneurs dudit Sissonne
en la présence des tesmoins, après que les bans ont esté proclamés
et les fiançailles célébrés, & que les partiesont obtenu une dérogation
de Rome sur l'empeschement de parenté au quatrième degré
laquelle a esté fulminée par Monsieur L'official de Laon comme
nous est apparu par la sentence de fulmination rendue le ?
jour de novembre de l'année 1673, & ont les parties & les témoins
signés le jour & an que dessus .....................................
Curé dudit Sissonne

 

(Archives départementales vue 41)

Mise en page : P.H.


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