Nous sommes en 1960.
Il y a peu d'emplois sur Sissonne. Louis NARDON alors premier adjoint au maire de Sissonne, M. Horemans, effectue les premières démarches pour améliorer le bassin d'emploi. Pour cela, il consulte :
le conseil général, la préfecture, la chambre de commerce et la chambre des métiers .
Après toutes ces prises de contact, il semble qu'une personne soit intéressée. Il s'agit d'un fabricant d'imperméables pour hommes et dames.
L'atelier s'installe entre le café « Le Père LAPRUNE » et la maison de M. Liot, à l'emplacement de l'ancien garage FURNE qui se trouve à louer.
Le loyer sera payé pendant un an par la commune et l'atelier sera exempté de taxe professionnelle.
Cet atelier fonctionne tant bien que mal. Le patron, M. IGLIKI, une personne liée aux fabrications du « sentier » à Paris, a du mal à payer les salaires en fin de mois, les ouvriers doivent venir par leurs propres moyens. Louis NARDON, pour améliorer cette situation décide de faire lui-même un ramassage tous les matins avec sa voiture, une commerciale de 9 places, tournée qui l'emmène jusqu'à Vailly-sur-Aisne.
Cela dure pendant un an.
Mais un matin, les ouvriers arrivent à l'embauche et à la surprise générale : plus de patron, plus de machines, l'entrepreneur à déménagé à « la cloche de bois » la nuit.
A nouveau Sissonne se retrouve sinistré. Cette situation dure un ou deux ans.
Les ouvriers partent sur Laon à la recherche d'emploi, ce qui n'est pas une situation pour dynamiser la vie locale.
Une nouvelle recherche d'emploi est effectuée par M.M. NARDON, RINIERI et DALISSIER.
Les propositions sont diverses allant de la fabrication de fers à friser, de matelas, de filtres à air pour véhicules. Le choix s'oriente vers la fabrication de filtres à air.
Reste un gros problème, trouver un local important pour installer la fabrication. Maître Walez, notaires à Sissonne propose l'hôtel du parc, sur la route de Laon. Une magnifique propriété entourée de cinq hectares, auberge qui recevait les familles des militaires officiers pendant les manoeuvres. Le propriétaire, d'origine belge à quelques démêlés avec les justices françaises et belges, il semblerait qu'il ait du mal à payer ses impôts. La conséquence de cette situation est qu'il faudrait réaliser cette opération en argent liquide.
L'ancien hôtel serait aménagé de la façon suivante :
Au rez-de-chaussée fabrication de filtres à air pour automobiles SIMCA.
Au premier étage : chaîne de fabrication et montage.
Un premier contact est pris en toute discrétion chez le notaire avec une proposition d'achat de 5 millions en liquide, bien sûr. Aprement négocié, le prix définitif sera ramené à 4 millions.
Il faut maintenant passer à la transaction. Elle va consister à faire signer un document de vente au propriétaire en échange des 4 millions. Cette «opération» est effectuée par Louis NARDON.
Rendez-vous est pris à la gare du Nord à Paris. M. NARDON amène avec lui les 4 millions en liquide, ce qui représente une certaine prise de risque.
Consignes habituelles de reconnaissance : je serais habillé de telle façon, je me situerais à tel endroit et j'aurais un porte-documents.
Louis NARDON se retrouve devant une personne distante et peu engageante au premier abord. Il faut effectuer la transaction. Les billets sont comptés sous la table mais pour ce qui est de signer un document, le Belge se fait tirer les oreilles. Il faut donc téléphoner en urgence à Maître WALEZ pour trouver une solution. Le propriétaires, après négociation, fini par accepter de signer une reconnaissance selon les formalités d'usage.
R.K.G traite de la grosse série pour MARCHALL, KLAXON, CIBIE et DUSSELIER entre autres. Le PDG est invité à venir visiter les installations de Sissonne et un accord est signé avec le projet de construction d'un premier bâtiment.
Historiquement R.K.G a été créée en 1939, avec comme activité première l'achat et la vente de pièces détachées pour automobiles. En sommeil pendant la guerre 1939-1945, la reprise se fera avec la fabrication de connexions et de cablages. Sa fusion avec la société JACQUES en 1966 va ajouter un département « fusibles».
1975 :
La société, première sur le marché français, comprend 5 départements ou ateliers, qui sont, par ordre d'importance :
- Connexions toutes catégories (l'atelier connexion fabrique par an 400 millions de pièces dans 600 types de produits différents, à partir de 9 presses automatiques à cadence rapide et 4 presses automatiques à petites cadences).
- Moulage plastique injection et compression
- Fusibles radio et automobiles
- Montage et appareillages
- Petite tôlerie (meubles de classement, caracoffres)
600 personnes travaillent « à l'usine » auxquels il faut ajouter trois Instituts Médico-pédagogiques ou centre d'aide par le travail (C.A.T). Au plus fort de la production 1000 personnes travaillent entre les deux sites de Sissonne et Saint-Erme.
L'usine fonctionne parfois la nuit, sans personnel, avec des chaînes automatiques, plus particulièrement dans l'atelier moulages matières plastiques avec pour clientèle de grandes sociétés telles que AIRBUS, le Ministère de la Défense, DASSAULT, RENAULT, PEUGEOT et des domaines tels que l'automobile, l'électroménager, l'industrie des téléphones, la radiotélévision.
Malgré les agrandissements la société reste à taille humaine avec de simples moyens : pour exemple il n'existe pas de service du personnel ni de service de paye.
Il sera procédé à la construction d'un deuxième bâtiment.
Fin de R.K.G :
En septembre 1977, rachat de la société R.K.G. par P.M.L..
Le plus gros et principal concurrent est la société P.M.L., c'est-à-dire Précision Mécanique, LABINAL. Le rachat par cette société permettrait de pouvoir s'agrandir, mais des conditions sont mises à ce rachat :
Les cadences de fabrication doivent être ramenées à 500 pièces par minute et le travail de nuit doit cesser.
En l'an 2000, la Société P.M.L. est rachetée par VALEO (article à suivre ???).
Propos recueillis auprès de Louis NARDON par Marc BERRIOT et Jean-François MARTIN
Documents d'archives et photos :
Louis NARDON, Gérard DHU, Michèle MAQUIN et revue du canton de Sissonne n° 2 de novembre 1973
Mise en page : Marc BERRIOT.